Au Portugal, il n’y a pas si longtemps, avant de creuser un puits, on faisait venir le sourcier - en portugais, le vedor, celui qui cherche l’eau souterraine avec une baguette de bois. L’auteur de ce site se souvient de ces sourciers qui parcouraient les terrains, dans la campagne autour de Coimbra, une branche d’olivier fourchue à la main, attendant que le bois se torde. En France, on aurait pris une branche de noisetier. Ailleurs, du saule, du hêtre, du houx - et même, au début du XXe siècle, un fil de fer ou un ressort de montre.
Voilà déjà un premier indice. Si la baguette fonctionne aussi bien en olivier qu’en acier, ce n’est pas le bois qui travaille.
Un sceptique dès 1556.
La première description imprimée de la baguette se trouve dans un grand traité des mines, le De re metallica de Georgius Agricola, paru en 1556. Les mineurs de son temps s’en servaient pour chercher les filons, et ils avaient un bois pour chaque métal : le noisetier pour l’argent, le frêne pour le cuivre, le pin pour le plomb et l’étain, le fer pour l’or.

Agricola décrit la pratique avec soin, et la juge. Pour lui, c’est la manière de tenir la branche qui la fait tourner. Et il conclut qu’un mineur, homme « bon et sérieux », ne doit pas se servir d’une baguette ensorcelée : il lui suffit de lire les signes naturels du terrain.
La main qui bouge sans le savoir.
Il faudra trois siècles pour comprendre ce qu’Agricola pressentait. En 1854, le chimiste français Michel-Eugène Chevreul publie De la baguette divinatoire et du pendule dit explorateur. Il y montre que la baguette et le pendule sont mus par de petits mouvements musculaires involontaires : la main obéit à une attente dont on n’a pas conscience. On parle aujourd’hui d’effet idéomoteur.
C’est pourquoi la plupart des sourciers sont sincères. La branche bouge vraiment ; simplement, c’est eux qui la font bouger.
À la même époque, un prêtre du Lot, l’abbé Paramelle, découvre plus de dix mille sources sans rien tenir à la main. Il regarde les pentes, les roches, les vallons, et publie en 1856 L’Art de découvrir les sources. On le considère comme l’un des pères de l’hydrogéologie.
À l’épreuve.
Au XXe siècle, on a mis les sourciers à l’épreuve en aveugle. En 1987 et 1988, près de Munich, des physiciens ont testé plus de 500 sourciers sur un tuyau d’eau dont on déplaçait la position à leur insu. Quelques-uns semblaient réussir ; une nouvelle analyse des données, en 1999, a montré que le hasard suffisait à l’expliquer. En 1990, à Kassel, une trentaine de sourciers n’ont pas fait mieux que le hasard.
Pourquoi, alors, trouvaient-ils de l’eau ?
Parce que l’eau souterraine est souvent partout. L’institut géologique des États-Unis le résume ainsi : dans bien des régions, elle est si répandue près de la surface qu’il serait difficile de forer un puits sans en trouver. Le sourcier connaissait sans doute aussi son pays - les pentes, les puits des voisins, les plantes des terrains humides. Et l’on se souvient des puits réussis, jamais des puits secs.
La branche d’olivier n’y était pour rien. Elle ne sent pas l’eau ; elle ne fait qu’amplifier, comme un levier, le moindre frémissement de la main qui la tient.
