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Qui a inventé le velcro ?

Capitules de bardane, hérissés de bractées terminées en crochet. Au centre du plus avancé, les fleurs mauves finissent de se faner. (Photo Manuel Ferreira.)
Capitules de bardane, hérissés de bractées terminées en crochet. Au centre du plus avancé, les fleurs mauves finissent de se faner. (Photo Manuel Ferreira.)

L’histoire est presque trop belle. En 1941, George de Mestral rentre d’une partie de chasse dans les Alpes. Son pantalon et le poil de son chien sont couverts de petites boules qui s’arrachent mal. Plutôt que de pester, il en met une sous le microscope - et il y voit des centaines de crochets.

Le reste est une affaire de patience. Il s’attelle au problème à partir de 1948, met des années à trouver la matière (le coton s’use, le nylon tient), dépose son brevet en Suisse en 1951 et l’obtient en 1955. Il baptise l’invention d’un mot-valise : velours et crochet.

Ce qu’il a copié n’est pas un fruit.

Ces boules qui s’accrochent, ce sont les capitules de la bardane, fanés et secs. Un capitule, chez les Astéracées, n’est pas une fleur mais un bouquet serré de dizaines de petites fleurs, posées sur un socle commun et enveloppées d’une collerette d’écailles, les bractées.

Or c’est là, et seulement là, que sont les crochets : chaque bractée se termine par une pointe recourbée en hameçon. Les fruits, eux, sont enfermés à l’intérieur. Ce sont de petits akènes secs de six ou sept millimètres, coiffés d’une aigrette de poils courts - rien qui s’accroche.

Autrement dit, ce n’est pas la graine qui voyage : c’est toute la boîte, avec les graines dedans. La bardane ne compte ni sur le vent, comme le pissenlit, ni sur un oiseau qui avalerait un fruit charnu. Elle attend qu’un animal passe, s’accroche à son poil, et se laisse emporter jusqu’à ce qu’il se frotte, se roule ou se gratte. Les botanistes appellent cela l’épizoochorie : le transport sur le dos des bêtes.

La plante elle-même.

La grande bardane, Arctium lappa, est une Astéracée, cousine du chardon et de la marguerite (voir Chardon, où l’on verra qu’elle n’a pourtant pas d’épines). C’est une bisannuelle : la première année, elle installe une grosse rosette de feuilles et une racine en pivot ; la seconde, elle monte jusqu’à un mètre cinquante ou deux mètres, fleurit en mauve, sèche - et ses capitules deviennent ces crochets que nous connaissons.

Grandes feuilles de bardane, larges et ondulées, au bord d’une eau sombre, avec des orties à droite
Les feuilles de la grande bardane, larges comme des assiettes, au bord de l’eau. Ce sont les grandes feuilles de la base, celles qui font la réserve ; les capitules, eux, viennent plus haut, sur la tige. (Photo Manuel Ferreira.)

Un principe, pas une copie.

De Mestral n’a pas reproduit la bardane : il en a tiré un principe. Chez la plante, le crochet s’accroche à n’importe quelle boucle qui passe - un poil bouclé, une maille de laine. Il fallait donc, pour fermer une veste, inventer aussi l’autre moitié : un velours de boucles en nylon, en face des crochets. La bardane, elle, se contente de ce que le monde lui offre.

Et la différence se voit à l’usage. Le velcro s’ouvre et se referme des milliers de fois ; le capitule, lui, ne sert qu’une fois. Ses crochets cassent, ou le capitule se déchire - et c’est très bien ainsi, puisque le voyage est terminé et que les graines sont arrivées ailleurs.

Alors, qui a inventé le velcro ? Un ingénieur, pour l’objet. Mais le dispositif, lui, fonctionnait déjà dans les talus, et il n’avait pas été conçu pour nous : nous sommes, sans le savoir, des animaux à bardane. Chaque fois que vous en retirez une de votre pantalon pour la jeter au bord du chemin, vous faites exactement ce qu’elle attendait.