Coloquinte

Ce que l’on croit souvent
Les coloquintes, ce sont ces petites courges biscornues et bariolées qu’on pose sur la table en automne.
La vraie définition botanique
Chaque automne, elles réapparaissent : petites, bosselées, rayées de vert, de jaune et d’orange, dans une coupe sur la table ou en vitrine chez le fleuriste. Tout le monde les appelle des coloquintes.
Ce ne sont pas des coloquintes.
Ces boules bariolées sont des courges d’ornement : des variétés de Cucurbita pepo, sélectionnées pour la forme et la couleur, jamais pour le goût. C’est-à-dire la même espèce que la courgette, le pâtisson et bon nombre de citrouilles (voir Courgette, Citrouille). Une « coloquinte » de table, c’est une courge - minuscule, dure et immangeable, mais une courge.
Immangeable, au sens propre : ces courges décoratives sont toxiques. Elles ont gardé les molécules amères que la sélection a patiemment effacées de nos légumes, et l’on n’en met pas un morceau dans une soupe (voir plus bas).
La vraie coloquinte, elle, pousse dans le sable.
Elle porte le nom de Citrullus colocynthis et vit dans les déserts du Sahara, d’Afrique du Nord et du pourtour méditerranéen. Le nom de genre dit l’essentiel : Citrullus est celui de la pastèque (Citrullus lanatus). La coloquinte n’est donc pas une parente des courges, mais une cousine de la pastèque - et elle en a l’allure : une boule de 7 à 10 cm, vert sombre rayée de jaune, une pastèque miniature posée sur la dune.
La ressemblance s’arrête au dessin. Sa chair est d’une amertume insoutenable et constitue un purgatif violent : les anciennes pharmacopées la connaissaient bien, sous le nom de « pomme amère ».

Bref, le mot d’usage se trompe de genre. Ce que l’on appelle « coloquinte » en automne est un Cucurbita ; la coloquinte des botanistes est un Citrullus. Deux plantes, deux continents, un seul nom.
Pour aller plus loin.
Ironie de l’histoire : c’est le mot qui est revenu à son point de départ. « Coloquinte » vient du grec kolokynthē, qui désignait tout bonnement une courge. Les médecins de l’Antiquité l’ont ensuite réservé à la plante purgative, et l’usage courant l’a peu à peu rendu aux courges - décoratives, cette fois.
L’amertume, dans les deux cas, tient aux cucurbitacines, les molécules de défense de la famille (voir Chimie, et Courgette). Elles ne sont pas détruites par la cuisson et provoquent douleurs digestives, vomissements et diarrhées, parfois jusqu’à l’hospitalisation - d’où l’alerte que l’ANSES republie chaque automne. Avec un piège de potager qu’on soupçonne peu : courgette et courge d’ornement étant la même espèce, elles se croisent volontiers, et les graines récoltées sur ces hybrides donnent l’année suivante des fruits d’apparence banale mais amers et toxiques. La règle tient en une ligne : si une courge est amère, on recrache et on jette. Le goût est le seul avertissement.
Cette confusion est peut-être la plus ancienne de tout le dictionnaire. Au deuxième Livre des Rois, un serviteur ramasse aux champs des « coloquintes sauvages » qu’il prend pour des légumes et les jette dans la marmite ; à la première cuillerée, les convives s’écrient : « la mort est dans la marmite ». La tradition identifie ces fruits à notre Citrullus colocynthis. Vingt-cinq siècles plus tard, l’ANSES ne dit pas autre chose.
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