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Ne plus se planter
A
Plante

Arum

Inflorescence d’aracée : le spadice (épi de minuscules fleurs) entouré de sa spathe blanche (Photo Manuel Ferreira.)
Inflorescence d’aracée : le spadice (épi de minuscules fleurs) entouré de sa spathe blanche (Photo Manuel Ferreira.)

Ce que l’on croit souvent

Chez l’arum, la grande « fleur » blanche n’est pas une fleur, et ce qui ressemble à une feuille ou à une tige ne l’est pas toujours.

La vraie définition botanique

Vous avez sans doute déjà entendu parler des arums ? En tout cas, dans les jardineries, mais sauriez-vous les décrire ?

S’il est une vérité, entre autre dans le Règne végétal, c’est que ce qui ressemble à.... n’est pas forcément ce à quoi nous pensons. Ce qui ressemble à une feuille ou à une tige n’est pas forcément une feuille ou une tige.

Cela est particulièrement le cas chez les arums et autres espèces de la famille des Araceae (3500 espèces). Les arums font partie d’une classe appelée Liliopsida ou monocotylédones où la grande majorité des espèces possèdent des feuilles à nervures parallèles. Les arums font partie des trouble-fêtes puisque leurs nervures ne sont pas parallèles mais pennées, comme la grande majorité des plantes à fleur de l’autre classe des Magnoliopsida ou dicotylédones.

Mais les arums vont encore plus loin. Chez certaines, ce qui ressemble ou peut ressembler à une fleur... n’est pas une fleur mais une spathe colorée qui est une large bractée qui peut entourer complètement ou partiellement une inflorescence ou ensemble de fleurs.

Chez l’arum d’Ethiopie, qui n’est pas un arum et qui n’est pas originaire d’Ethiopie, Zantedeschia aethiopica, ce qui pourrait ressembler à des pétales blancs est en fait une spathe et la partie jaune centrale, ou spadice*, porte de toutes petites fleurs mâles et femelles.

Arum italicum a, quant-à-elle, une spathe entourant complètement ses fleurs femelles (blanchâtres à la base) et ses fleurs mâles, juste au-dessus, de couleur jaune. Comme d’autres espèces de la même famille, celle-ci émet des odeurs nauséabondes pour attirer l’insecte pollinisateur. Point de nectar, ici, pour remercier l’insecte pour service rendu (ici, de petites mouches).

* Spadice : 1)Epi de fleurs sur un axe charnu et renflé 2)Inflorescence entourée d’une spathe - Le dictionnaire illustré de botanique d’Alain Jouy, éditions Biotope.

** Araceae, Wikipédia.

Feuilles sagittées et nervurées de l’arum tacheté (Arum maculatum)
Le feuillage de l’arum tacheté (Arum maculatum) : de grandes feuilles en fer de flèche, veinées de clair. (Photo Manuel Ferreira.)
Inflorescence d’Arum maculatum : spathe pâle enroulée autour d’un spadice pourpre
Et sa curieuse « fleur » : ce n’en est pas une. La grande enveloppe pâle est une spathe (une bractée), la massue centrale un spadice - les vraies fleurs, minuscules, sont cachées à sa base. (Photo Sannse, CC BY-SA 3.0.)

Pour aller plus loin.

Reste à raconter ce que fait exactement cette odeur de charogne, car l’arum tacheté ne se contente pas d’attirer : il emprisonne.

Tout commence par un chauffage. Le spadice, cet axe charnu dressé au centre de la spathe, est capable de produire de la chaleur - un phénomène rare chez les plantes, qui peut porter l’organe plusieurs degrés au-dessus de la température de l’air, parfois une dizaine. Cette chaleur volatilise les composés odorants et diffuse l’odeur de fumier bien plus loin qu’une émission froide ne le ferait.

Les petites mouches accourent, se posent sur la spathe, dont la paroi interne est lisse et cireuse : elles glissent et tombent au fond de la chambre florale. Elles ne peuvent plus remonter, une couronne de poils raides dirigés vers le bas leur barrant la sortie. Or, à ce moment, seules les fleurs femelles sont mûres : les mouches, venues d’un autre arum, les fécondent avec le pollen dont elles sont couvertes. Elles passent la nuit prisonnières. Le lendemain, les fleurs mâles, situées au-dessus, libèrent leur pollen sur les captives ; les poils se flétrissent, la sortie s’ouvre, et les mouches s’envolent - poudrées de frais - vers le prochain arum, où l’histoire recommencera. Un piège temporaire, réglé au jour près, qui garantit que le pollen ne retombe jamais sur ses propres fleurs. Le nénuphar géant Victoria emploie un dispositif presque identique avec des coléoptères (voir Nénuphar).

Un avertissement pour finir : toutes les parties de l’arum tacheté sont toxiques, riches en cristaux d’oxalate qui brûlent les muqueuses, et ses baies rouge vif de fin d’été, très visibles au bord des chemins, sont régulièrement à l’origine d’accidents chez les enfants.

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