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Blé noir

Sarrasin (Fagopyrum esculentum) en fleurs : fleurs blanches aux étamines rosées (Photo 京浜にけ, CC BY-SA 3.0.)
Sarrasin (Fagopyrum esculentum) en fleurs : fleurs blanches aux étamines rosées (Photo 京浜にけ, CC BY-SA 3.0.)

Ce que l’on croit souvent

Le « blé noir » des galettes bretonnes passe pour une variété de blé un peu sombre. Pourtant, il n’est ni du blé - ni même une céréale : c’est le sarrasin, cousin botanique de la rhubarbe et de l’oseille. Le blé noir est connu pour sa richesse en protéines et, contrairement au blé, il ne contient pas de gluten.

La vraie définition botanique

Le blé noir n’est pas un blé. Sous ce nom de tous les jours se cache le sarrasin (Fagopyrum esculentum), une plante qui n’a, botaniquement, presque rien à voir avec le blé de nos champs.

Comment ça, presque rien à voir ? Il y a pourtant bien le mot « blé » dans son nom !

Justement, c’est là le piège. Le vrai blé (genre Triticum) appartient à la grande famille des Poacées, les graminées - celle du riz, du maïs, de l’orge… et du bambou. Le sarrasin, lui, relève d’une tout autre famille : les Polygonacées. Ses véritables cousines sont la rhubarbe et l’oseille.

Autrement dit, appeler le sarrasin « blé noir », c’est un peu comme appeler la baleine un « poisson » : la ressemblance d’usage masque une parenté toute différente.

Pourquoi « blé », alors ? Parce qu’on s’en sert comme d’une céréale : on moud ses grains en farine, on en fait des galettes, des bouillies, des crêpes. Et « noir » à cause de la couleur sombre de l’enveloppe du grain. L’usage culinaire a fabriqué le nom ; la botanique raconte une autre histoire.

Car le sarrasin n’est pas une céréale au sens strict. Une céréale, nous le verrons à la lettre C, est une graminée cultivée pour son grain. N’étant pas une graminée, le sarrasin est rangé parmi les pseudo-céréales, en compagnie du quinoa ou de l’amarante.

Et son « grain » lui-même n’est pas ce que l’on croit. Le grain d’une vraie céréale est un caryopse. Celui du sarrasin est un akène : un petit fruit sec, à trois angles, dont l’enveloppe brun-noir donne sa couleur - et son nom - au blé noir.

Donc, quand je mange une galette de blé noir…

… vous ne mangez ni du blé, ni même une céréale : vous dégustez la farine tirée des akènes d’une cousine de la rhubarbe.

Un dernier indice, bien concret, pour ne plus s’y tromper : le sarrasin ne contient pas de gluten. Et pour cause - le gluten est l’affaire des graminées comme le blé, l’orge ou le seigle. Le blé noir, lui, n’en a jamais eu : il n’est pas de cette famille.

Un dernier clin d’œil, à lire sur les emballages : bien des galettes industrielles vendues « au blé noir » contiennent aussi… de la farine de blé. Le sarrasin n’y est qu’un ingrédient parmi d’autres. La vraie galette bretonne, elle, est faite de pur sarrasin - et c’est elle, justement, qui est naturellement sans gluten.

Étiquette d’un paquet de galettes au blé noir : nom du produit et liste d’ingrédients où figure aussi de la farine de blé (marque retirée)
Sur l’étiquette, le nom « blé noir » ; et, dans la liste d’ingrédients, de la farine de blé. (Marque retirée.)

Source : Sarrasin commun, Wikipédia.


Pour aller plus loin.

Le malentendu ne s’arrête pas au français. En anglais, le sarrasin s’appelle buckwheat, en allemand Buchweizen, en néerlandais boekweit - littéralement, dans les trois cas, « blé de hêtre ». Pourquoi le hêtre ? Parce que son akène, petit, brun, luisant et nettement à trois angles, est la copie miniature d’une faîne, le fruit du hêtre. Trois langues ont donc fabriqué le même nom composé sur la même méthode : un rapprochement d’apparence pour la forme, le mot « blé » pour l’usage. Et dans les trois cas, la botanique dit non deux fois - ce n’est ni un blé, ni un hêtre.

Sa fleur cache une autre singularité. Le sarrasin est hétérostyle : il existe deux sortes de pieds, produisant deux formes de fleurs. Chez les uns, le style est long et les étamines courtes ; chez les autres, exactement l’inverse. Or une fleur n’est fécondée efficacement que par le pollen de l’autre forme - la hauteur des organes doit correspondre pour que l’insecte, en se posant, dépose le pollen à la bonne hauteur. Résultat : un pied de sarrasin ne peut pratiquement pas se féconder lui-même, ni féconder ses semblables. Comme la fleur de l’avocatier qui change de sexe d’un jour à l’autre (voir Avocat), c’est un dispositif anti-autofécondation - deux inventions sans rapport pour le même problème : éviter de se reproduire avec soi-même.

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