Hêtre

Ce que l’on croit souvent
Le hêtre et le charme se ressemblent au point qu’on les confond - d’où le moyen mnémotechnique que tout le monde a appris.
La vraie définition botanique
Il existe pour les distinguer une phrase que l’on n’oublie plus une fois entendue :
« Le "Charme" d’Adam c’est d’"Hêtre" à poil. »
Elle encode deux caractères en jouant sur trois homophonies. Charme va avec Adam, qui s’entend « à dents » : la feuille du charme est dentée. Hêtre s’entend « être », et ce qu’il faut être, c’est « à poil » : la feuille du hêtre est bordée de poils. Le sel de la formule tient au double sens - velu d’un côté, nu de l’autre - qui accroche le souvenir sur l’image d’Adam sans vêtements.
La phrase est excellente. Elle a pourtant deux défauts, et le second est le vrai sujet de cette fiche.
Premier défaut : elle ne s’explique pas toute seule. Si personne ne vous a dit qu’Adam vaut pour à dents, vous retenez une plaisanterie sans information. Et elle ne sert qu’en saison, quand les feuilles sont là.
Second défaut, plus grave : elle laisse croire que ces deux arbres sont proches. Ils ne le sont pas. Ils n’appartiennent même pas à la même famille.
Le hêtre (Fagus sylvatica) est une Fagacée : sa parenté est du côté du chêne et du châtaignier (voir Châtaigne). Le charme (Carpinus betulus) est une Bétulacée : ses cousins sont le bouleau, l’aulne et le noisetier.
Autrement dit, le charme est plus proche du noisetier de la haie que du hêtre auprès duquel il pousse. Leur ressemblance n’est pas un air de famille : c’est une convergence, deux arbres de lignées différentes ayant trouvé la même solution pour vivre à l’ombre des forêts tempérées.

Retenez plutôt le tronc. La feuille ne se lit qu’une demi-année ; le tronc, lui, est là en janvier comme en juillet, et il ne trompe pas. Un fût lisse et rond : hêtre. Un fût qui semble avoir des tendons : charme.
Et le fruit tranche définitivement.
Celui du hêtre est la faîne : un akène brun et luisant, nettement à trois angles, enfermé par deux ou trois dans une petite cupule hérissée de pointes molles - le même dispositif que la bogue du châtaignier, en miniature (voir Châtaigne, voir Blé noir).
Celui du charme n’a rien à voir : c’est une petite noix accrochée à une bractée à trois lobes, longue et membraneuse, qui fait office d’aile et fait tourner le fruit dans le vent. Rien de tel chez le hêtre.
Ajoutons un détail que les menuisiers connaissent : le bois du charme est l’un des plus durs d’Europe, au point qu’on en faisait des billots de boucher et des dents d’engrenage de moulin. Celui du hêtre, plus tendre et homogène, va au meuble et au jouet. Deux arbres qu’on ne distingue pas dans un bois se distinguent parfaitement dans un atelier.
Pour aller plus loin : les feuilles mortes qui ne tombent pas.
Il y a une chose que le hêtre et le charme font ensemble, et qui achève de les faire confondre : en hiver, ils gardent leurs feuilles mortes. Sèches, roussies, bruissantes, elles restent accrochées jusqu’au printemps. On appelle cela la marcescence.
Le mécanisme est simple, et c’est une absence. Chez un arbre à feuilles caduques ordinaire, une fine couche de cellules se forme à l’automne à la base du pétiole, une zone de rupture qui sectionne proprement la feuille. Chez les arbres marcescents, cette couche ne se forme pas complètement. La feuille meurt, sèche, mais reste attachée - et elle ne tombera qu’au printemps, poussée par le bourgeon qui débourre à sa place.
Reste à savoir pourquoi. Et ici, une observation ancienne oriente la réponse.
Dès 1749, le naturaliste suédois Pehr Kalm notait que ce phénomène concerne surtout les jeunes arbres, et, sur les grands sujets, uniquement les branches basses. Autrement dit : exactement à hauteur de dent.
L’hypothèse la mieux admise en découle. En hiver, quand la nourriture manque, les jeunes rameaux sont très recherchés par les chevreuils et les cerfs. Un rideau de feuilles mortes, sèches, sans valeur nutritive et bruyantes au moindre souffle, dissuade l’animal d’aller y fouiller. La feuille morte ne protège pas du froid : elle protège du brouteur.
Ce dictionnaire a déjà rencontré cette logique exacte, chez une plante qui hérisse d’épines ses seules feuilles basses et laisse les hautes désarmées (voir Défense). Deux solutions sans rapport - des piquants d’un côté, des feuilles mortes de l’autre - pour un même problème, et déployées à la même hauteur : celle d’une bouche.
À ne pas confondre
- Hêtre communFagus sylvatica
Fagacée, cousin du chêne et du châtaignier. Feuille ondulée et ciliée, tronc lisse et cylindrique, fruit en faîne dans une cupule hérissée
- Charme communCarpinus betulus
Bétulacée, cousin du bouleau, de l’aulne et du noisetier. Feuille doublement dentée, tronc cannelé, fruit accroché à une bractée à trois lobes
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