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Ne plus se planter
P
Plante

Pâquerette

Pâquerettes (Bellis perennis) dans une pelouse : la tige qui porte le capitule est nue, et toutes les feuilles restent en rosette au ras du sol. (Photo Manuel Ferreira.)
Pâquerettes (Bellis perennis) dans une pelouse : la tige qui porte le capitule est nue, et toutes les feuilles restent en rosette au ras du sol. (Photo Manuel Ferreira.)

Ce que l’on croit souvent

La grande fleur blanche à cœur jaune des prés, celle qu’on effeuille, est une pâquerette.

La vraie définition botanique

Celle que l’on effeuille en récitant « un peu, beaucoup, passionnément » est la marguerite, pas la pâquerette. Et, plus troublant : on n’effeuille pas des pétales.

Deux espèces distinctes, d’abord. La pâquerette (Bellis perennis) est la petite fleur des pelouses, haute de quelques centimètres, dont toutes les feuilles sont groupées en rosette plaquée au sol : la tige qui porte le capitule est nue, sans une seule feuille. La marguerite (Leucanthemum vulgare) est la grande fleur des prés et des talus, haute de trente à soixante centimètres, dont la tige porte des feuilles étroites et découpées sur toute sa longueur. Ce sont deux genres différents, et la tige suffit à les séparer sans se tromper.

Ensuite, et c’est le plus étrange : ni l’une ni l’autre n’est une fleur. Ce sont des capitules, c’est-à-dire des assemblages compacts de dizaines, voire de centaines de fleurs complètes, serrées sur un plateau commun (voir Capitule). Toutes deux sont des Astéracées, la famille du pissenlit, du tournesol et de l’artichaut (voir Astéracées).

Le cœur jaune n’est donc pas un cœur : c’est une foule de petites fleurs en tube, chacune avec ses étamines et son pistil, qui s’épanouissent progressivement du bord vers le centre. Et chaque « pétale » blanc de la couronne est, lui aussi, une fleur entière - une fleur dont la corolle s’est allongée d’un seul côté en une languette plate, ce que l’on appelle une fleur ligulée.

Capitule de marguerite vu de face, cœur jaune granuleux et couronne de ligules blanches
Un capitule de marguerite vu de face. Le cœur jaune n’est pas un cœur : on y distingue les fleurs en tube, une à une. Et chaque « pétale » blanc est lui aussi une fleur entière. (Photo Derek Ramsey, CC BY-SA 3.0.)

Ce qui donne à notre jeu de cour de récréation un sens inattendu : en effeuillant la marguerite, on n’arrache pas des pétales, on arrache des fleurs entières, une par une. Un capitule de marguerite en compte une vingtaine à la périphérie et plusieurs centaines au centre.

Reste que « marguerite » est, comme souvent, un mot-valise : il sert aussi pour la marguerite d’automne, la marguerite du Cap - qui est un Osteospermum sud-africain -, la grande camomille et diverses Astéracées blanches à cœur jaune (voir Camomille). Le motif « couronne blanche, cœur jaune » est un dispositif que la famille a réinventé des dizaines de fois.


Pour aller plus loin.

Les deux noms racontent chacun une observation.

La pâquerette est celle qui fleurit à Pâques - avec une belle exagération, puisque son nom latin, perennis, dit qu’elle fleurit à peu près toute l’année, y compris par les hivers doux. La marguerite vient du latin margarita, la perle.

Mais le nom le plus juste est anglais. La pâquerette s’y appelle daisy, contraction de day’s eye, « l’œil du jour ». Car le capitule se referme le soir et par temps de pluie, en repliant ses fleurs ligulées vers le haut, et se rouvre au matin. Le mouvement est réel et facile à observer sur une pelouse en fin de journée : la pelouse, littéralement, ferme les yeux.

À ne pas confondre

  • PâqueretteBellis perennis

    Petite, au ras du sol

  • MargueriteLeucanthemum vulgare

    Grande, sur longue tige

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