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Ne plus se planter
B
Organe

Bourgeon

Un bourgeon s’ouvrant sur une branche : une réserve de tissus très jeunes qui donnera feuilles, tige ou fleurs. (Photo Aslam Karachiwala, CC BY-SA 3.0.)
Un bourgeon s’ouvrant sur une branche : une réserve de tissus très jeunes qui donnera feuilles, tige ou fleurs. (Photo Aslam Karachiwala, CC BY-SA 3.0.)

Ce que l’on croit souvent

Un bourgeon donnerait une feuille ou une fleur. En réalité il en existe trois sortes - à tige, à feuille, à fleur - et c’est justement ce qui définit la tige : l’organe qui porte les bourgeons.

La vraie définition botanique

D’après le Petit Robert 2013, un bourgeon est une "excroissance qui apparaît sur une tige ou une branche formée de pièces très jeunes riches en cellules en voie de cloisonnement".*

Une difficulté avec cette première définition est son caractère un peu vague faisant intervenir deux termes "tige" et "branche" comme si les différences entre les deux allaient de soi.

Une tige, comme nous le verrons à la lettre T est un organe aérien ou souterrain porteur de bourgeons. Dit autrement, tout organe d’une plante portant des bourgeons est une tige.

Cette tige est amenée, dans un certain nombre de cas à grandir en diamètre, et à porter le nom de tronc, notamment dans le cas des arbres, arbustes, etc.

La tige d’une plante, qu’elle soit herbe ou arbre, peut avoir des ramifications. Celles-ci sont une partie de la tige et dans le cas des troncs portent le nom de branches.

Nous pourrions, ainsi, préciser la définition du Petit Robert, en indiquant que les bourgeons sont portés par une tige et ses ramifications éventuelles. Les bourgeons font ainsi partie des tissus appelés "méristèmes", lieux de multiplication cellulaire.

Mais il existe plusieurs types de bourgeons.

Le Dictionnaire illustré de botanique nous indique qu’un bourgeon est "un ensemble de très jeunes pièces foliaires ou florales protégées par des écailles".**

Il existe donc des bourgeons donnant des feuilles et des bourgeons donnant des fleurs et d’autres permettant la croissance des tiges, par exemple latéralement. La position des bourgeons varie suivant leur devenir.

Il existe des bourgeons actifs et des bourgeons dormants..

Enfin, la présence de bourgeons sur l’organe souterrain appelé "rhizome", et présent chez certaines plantes (muguet, bugle, gingembre, etc.) nous informe que cet organe est une tige souterraine.

Ce critère demande toutefois une nuance, car il connaît des exceptions instructives. Un bourgeon ordinaire naît au sommet d’une tige ou à l’aisselle d’une feuille - qu’il soit destiné à prolonger la tige, à donner des feuilles ou à donner des fleurs -, et c’est bien ce qui signe une tige. Mais il existe aussi des bourgeons adventifs : des bourgeons formés après coup, hors de leur position habituelle, sur un organe qui n’en portait aucun. Des cellules déjà différenciées y reviennent en arrière, redeviennent capables de se diviser, et s’organisent en un méristème neuf.

On en trouve sur les racines - c’est tout le mécanisme du drageonnement, chez le peuplier, le robinier, l’ailante ou le sumac (voir Drageon) - et même sur des feuilles : celles du kalanchoé fabriquent de minuscules plantules complètes sur le bord de leur limbe. Le Dictionnaire illustré de botanique parle d’ailleurs sans détour d’un « bourgeon situé sur une racine ». Un tel bourgeon ne fait pas de la racine une tige : il se forme en profondeur, dans l’épaisseur des tissus - le plus souvent à partir du péricycle, cette assise de cellules qui entoure les vaisseaux -, et non en surface comme un bourgeon d’aisselle. Mais ce qu’il produit, lui, est bel et bien une tige.

Le principe qui autorise tout cela porte un nom : la totipotence. Une cellule végétale déjà spécialisée peut revenir en arrière, redevenir indifférenciée, et régénérer une plante entière - ce dont aucune cellule animale n’est capable. On l’a établi expérimentalement sur la carotte : d’un simple fragment de racine, on obtient d’abord un amas de cellules indifférenciées, puis, dans les bonnes conditions, des plantes complètes. C’est le fondement du bouturage comme de toute la culture in vitro.

Une précision s’impose pourtant, car l’erreur est tentante : ce n’est pas le méristème situé au bout de la racine qui accomplit cela. Celui-là est un méristème primaire, mais il est spécialisé - il ne sait faire que de la racine, il l’allonge, et rien d’autre. Feuilles et fleurs sont l’affaire du méristème apical de la tige. La faculté de tout recommencer n’appartient donc pas à une pointe privilégiée : elle est répartie dans les cellules ordinaires, tout le long de l’organe.

Il faut enfin lire la règle dans le bon sens, car elle ne se retourne pas. Une feuille se reconnaît à ce qu’elle porte un bourgeon à son aisselle, et c’est même le meilleur moyen de distinguer une vraie feuille d’une simple foliole. Mais l’implication inverse est fausse : tous les bourgeons ne sont pas à l’aisselle d’une feuille. Celui du sommet n’y est pas, et un bourgeon floral peut parfaitement être terminal, couronnant la tige au lieu de se ranger sous une feuille.

Certains arbres vont plus loin et fleurissent à même leur tronc ou leurs plus vieilles branches, là où aucune feuille n’a poussé depuis des années : c’est la cauliflorie. Elle est spectaculaire chez le cacaoyer, dont les lourdes cabosses pendent directement du tronc, et l’on peut l’observer en France chez l’arbre de Judée (Cercis siliquastrum), le seul de nos arbres tempérés à fleurir ainsi : ses bouquets roses sortent du bois nu, avant les feuilles. Ces fleurs naissent de bourgeons restés en attente sous l’écorce ou formés sur place - et le vocabulaire botanique va jusqu’à prévoir un terme pour les fleurs portées par des racines.

Le critère reste donc excellent en pratique - il suffit à trancher le cas du rhizome - à condition de le formuler avec soin : ce sont les bourgeons ordinaires qui signent une tige. Les adventifs, eux, disent autre chose, et de plus vaste : qu’une plante peut recommencer presque n’importe où. C’est sur cette faculté que reposent le bouturage de racines et la reprise d’un arbre qu’on croyait perdu.

Il est important de ne pas confondre les bourgeons et les germes.

* Le Petit Robert 2013.

** Dictionnaire illustré de botanique d’Alain Jouy, éditions Biotope - 2019.

Bourgeons de lilas bien formés sur une tige, protégés par leurs écailles
Des bourgeons de lilas, protégés par leurs écailles. Chacun contient déjà, en miniature, les feuilles et parfois les fleurs de la saison suivante. (Photo Manuel Ferreira.)

Pour aller plus loin.

Un bourgeon d’hiver n’est pas une promesse vague : c’est un plan déjà exécuté. Prenez un gros bourgeon de marronnier en janvier, celui qui est vernissé et collant, et ouvrez-le à l’ongle. Sous les écailles imbriquées, vous trouverez, repliées les unes dans les autres et protégées par un feutrage soyeux, les feuilles complètes de l’année suivante - toutes, en miniature, avec leurs folioles déjà comptées -, et souvent l’inflorescence entière au centre. Tout a été fabriqué l’été précédent. Au printemps, l’arbre ne construit pas : il déplie et il gonfle. Ce qui explique la rapidité stupéfiante du débourrement, quelques jours pour un feuillage entier, et le fait qu’une gelée à ce moment précis coûte une saison complète.

L’autre chose que cache un bourgeon, c’est une réserve de secours. Sous l’écorce des troncs et des souches dorment des bourgeons latents, parfois depuis des décennies, maintenus inactifs par des signaux venus des bourgeons du sommet. Coupez la tête de l’arbre, et l’inhibition tombe : les dormants se réveillent en masse. C’est tout le principe du recépage, et celui des arbres têtards, ces saules et ces frênes à la silhouette de balai que l’on taille au même endroit depuis des générations. Un arbre étêté n’est pas un arbre mutilé : c’est un arbre qui puise dans sa réserve de bourgeons - et ces arbres-là comptent souvent parmi les plus vieux de nos campagnes.

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