Tige

Ce que l’on croit souvent
La tige, c’est forcément la partie verte et dressée qui porte les feuilles au-dessus du sol.
La vraie définition botanique
On croit reconnaître une tige à vue d’œil : c’est vert, c’est dressé, ça sort de terre, ça porte des feuilles. La définition tient tant qu’on reste au potager. Elle s’effondre dès qu’on regarde ailleurs.
Car une tige n’est définie ni par sa couleur, ni par sa forme, ni même par sa position. Elle est définie par ce qu’elle porte : des nœuds - les points précis où s’insèrent les feuilles - et des bourgeons. Là où il y a des nœuds et des bourgeons, il y a une tige. Partout ailleurs, non.

Le tronc d’un chêne est une tige. Une tige devenue ligneuse, épaissie saison après saison par le cambium (voir Bois), mais une tige : elle a des nœuds, elle a des bourgeons, elle porte les feuilles. Le mot « tronc » ne décrit qu’une taille et une consistance, pas une nature différente.
La pomme de terre est une tige. Elle pousse sous la terre, elle est ronde, elle est pâle - et pourtant ce n’est pas une racine. C’est un tubercule caulinaire, un renflement de tige souterraine. La preuve est sous nos yeux dans le placard : les « yeux » qui germent sont des bourgeons, disposés en spirale comme les feuilles le seraient sur une tige aérienne. Et une pomme de terre oubliée à la lumière verdit, ce qu’une vraie racine ne fait pas. Une carotte, elle, ne germera jamais par son flanc.
Le rhizome du gingembre, de l’iris ou du chiendent est une tige lui aussi (voir Rhizome) : souterrain, rampant, couvert de petites écailles qui sont des feuilles réduites, avec un bourgeon à l’aisselle de chacune. Et dans le bulbe de l’oignon, la tige est réduite à un mince disque à la base, le plateau : tout le reste, ces couches charnues que l’on pleure en coupant, ce sont des feuilles (voir Bulbe).

La réciproque est vraie : ce qui ressemble à une feuille n’en est pas toujours une. Les raquettes du figuier de Barbarie sont des tiges aplaties et vertes (voir Cactus). Le « feuillage » du petit houx, ou fragon (Ruscus aculeatus), est fait de cladodes, également des tiges aplaties - et la démonstration est imparable : la fleur, puis la baie rouge, apparaissent au beau milieu de la fausse feuille. Aucune feuille au monde ne porte une fleur en son centre.



Verte ou ligneuse, dressée ou rampante, aérienne ou souterraine, ronde ou aplatie, mince comme un fil ou large comme un tronc : la tige n’est dans aucune de ces apparences. Elle est dans le nœud et dans le bourgeon.
Pour aller plus loin.
Cette règle tranche aussi une vieille confusion de vocabulaire : celle de l’épine et de l’aiguillon. L’épine de l’aubépine ou du prunellier est un rameau transformé, donc une tige : elle naît à l’aisselle d’une feuille, exactement là où un bourgeon aurait donné une branche, et elle est solidaire du bois. L’aiguillon du rosier ou de la ronce, lui, n’est qu’une excroissance de l’écorce, sans lien avec les nœuds : il se détache d’un coup de pouce, sans laisser de plaie (voir Aiguillon). On ne pique donc pas ses doigts sur les épines d’un rosier, qui n’en a pas.
Le contre-exemple le plus spectaculaire reste le bananier. Ce que l’on prend pour son tronc n’est pas une tige : c’est un pseudo-tronc, un cylindre de gaines de feuilles emboîtées les unes dans les autres, comme les couches d’un poireau. La vraie tige est souterraine, courte et trapue, et elle ne se montre qu’au moment de la floraison : elle traverse alors tout le faux tronc par l’intérieur pour sortir le régime à son sommet. Ce qui explique au passage pourquoi le bananier n’est pas un arbre, malgré ses six mètres (voir Arbre).
À ne pas confondre
- Feuille
Porte un bourgeon à son aisselle, mais pas à sa surface
- Rhizome
Une tige, mais souterraine
- Cladode
Tige aplatie qui imite une feuille (cactus, fragon)
À voir aussi
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