Bulbe

Ce que l’on croit souvent
Bulbe, oignon, tubercule... c’est pareil : un truc rond qui pousse sous terre.
La vraie définition botanique
Bulbe, oignon, tubercule, corme, rhizome : dans le langage courant, tout ce qui est rond, souterrain et se plante au jardin porte indifféremment le nom de bulbe. Les jardineries elles-mêmes vendent des « bulbes de printemps » qui, pour la plupart, n’en sont pas.
Un bulbe est un bourgeon. Un bourgeon géant, souterrain, fait de feuilles devenues charnues, serrées les unes contre les autres autour d’un axe extrêmement court. Coupez un oignon en deux dans le sens de la hauteur et tout est lisible : en bas, un mince disque dur d’où partent les racines, c’est le plateau - la tige, réduite à presque rien (voir Tige) ; au-dessus, les tuniques charnues, qui sont des feuilles ; et au centre, la pointe verte du futur bourgeon. Ce que l’on pèle en pleurant, ce sont des feuilles.

Il en existe deux sortes. Les bulbes tuniqués, dont les feuilles s’enveloppent complètement les unes les autres et que protègent des pelures sèches : oignon, tulipe, jacinthe, narcisse. Et les bulbes écailleux, faits d’écailles libres et imbriquées comme des tuiles, fragiles à manipuler : c’est le cas du lis.
Presque tout le reste n’est pas un bulbe. Et la différence n’est pas une subtilité de spécialiste : elle commande la façon de les planter et de les diviser.
Le corme du glaïeul, du crocus et du colchique est une tige renflée, pleine et homogène : coupé, il ne montre aucune couche, seulement une masse compacte coiffée d’écailles sèches. Il ne se conserve pas d’une année sur l’autre - il s’épuise en fleurissant, et un nouveau corme se forme au-dessus de l’ancien, qui se dessèche dessous.
Le tubercule de la pomme de terre est également une tige, renflée en réserve, et ses yeux sont des bourgeons (voir Tige). Le rhizome de l’iris ou du gingembre est une tige souterraine horizontale (voir Rhizome).
Et le fameux « bulbe de dahlia » est encore autre chose : une racine tubérisée. La différence est capitale au moment de diviser une touffe : cette racine gonflée ne porte aucun bourgeon sur toute sa longueur. Les yeux se trouvent uniquement au collet, à la jonction avec l’ancienne tige. Un beau morceau de racine détaché sans un fragment de collet ne repartira jamais, quelle que soit sa taille. La patate douce est dans le même cas.
Bourgeon de feuilles, tige renflée, tige rampante ou racine gonflée : quatre organes différents, un seul mot de catalogue.
Pour aller plus loin.
Puisque nous coupions un oignon : pourquoi fait-il pleurer ? Le bulbe intact ne sent presque rien, et c’est le principe même de sa défense. Il stocke, dans ses cellules, des composés soufrés inoffensifs, et dans d’autres compartiments une enzyme qui les attaque. Tant que rien n’est blessé, les deux ne se rencontrent pas. Le couteau rompt les cloisons, l’enzyme et son substrat entrent en contact, et il se forme en quelques secondes une petite molécule volatile qui monte aux yeux. Là, au contact du film lacrymal, elle donne des traces d’acide sulfurique : d’où la brûlure, et les larmes destinées à la diluer. La plante ne pleure pas ; elle se défend contre celui qui la mord (voir Chimie).
L’ail applique la même stratégie avec une autre molécule, et sa gousse mérite un mot au passage : chaque gousse est un caïeu, c’est-à-dire un bourgeon né à l’aisselle d’une feuille du bulbe. Une tête d’ail n’est donc pas un bulbe unique, mais un bulbe composé d’une dizaine de petits bulbes (voir Ail).

À ne pas confondre
- Tubercule
Pomme de terre : tige renflée de réserve
- Rhizome
Tige souterraine horizontale
- Cormus / bulbe solide
Glaïeul : tige renflée qui imite un bulbe
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