Cultivar

Ce que l’on croit souvent
Golden, Reinette, Cœur-de-bœuf : ce sont des variétés, comme la nature en produit.
La vraie définition botanique
Golden, Reinette de Caux, Belle de Boskoop, Rambour de Flandre. Cœur-de-bœuf, Green Zebra, Rose de Berne. On appelle tout cela des variétés, et l’on imagine volontiers que la nature les a faites, comme elle fait les espèces.
Ce ne sont pas des variétés. Ce sont des cultivars.
Le mot est laid, mais il est exact. Cultivar est la contraction de l’anglais cultivated variety, « variété cultivée ». Il a été forgé en 1923 par le botaniste américain Liberty Hyde Bailey, précisément pour cesser de confondre deux choses qui n’ont rien à voir.
La variété, au sens botanique, est un rang de la classification - on l’abrège var. C’est une population sauvage légèrement distincte au sein d’une espèce : elle est née sans nous, et elle se perpétue sans nous.
Le cultivar, lui, est une obtention humaine. Quelqu’un l’a repéré, croisé, sélectionné, multiplié - et quelqu’un doit continuer à le multiplier, sans quoi il disparaît. 'Golden Delicious' n’existe pas dans la nature : elle existe parce que des hommes l’entretiennent depuis un siècle.
Et cela s’écrit d’une façon bien précise.
Les plantes cultivées ont leur propre code de nomenclature, distinct de celui des plantes sauvages : le Code international de nomenclature des plantes cultivées. Il impose une écriture qui trahit aussitôt la nature du nom :
- le nom de l’espèce en latin et en italique : Malus domestica ;
- le nom du cultivar dans la langue de tous les jours, avec une majuscule, entre guillemets simples et sans italique : Malus domestica 'Golden Delicious'.
Ces guillemets simples ne sont pas une coquetterie de typographe : ils signalent qu’on quitte le sauvage pour le jardin. Rosa 'Peace', Brassica oleracea 'Romanesco' - dès qu’un nom paraît entre ces petites virgules levées, on sait qu’il y a une main humaine derrière.
Bref, ce que nous appelons « variétés » sur les étals n’en sont pas. Ce sont des cultivars : non pas des accidents de la nature, mais des œuvres - et des œuvres qu’il faut entretenir.
Pour aller plus loin.
Un cultivar est le plus souvent un clone. Semez un pépin de Golden : vous n’obtiendrez pas une Golden, mais un pommier inédit, né de sa mère et d’un pollen inconnu. Pour garder la Golden, il faut la greffer ou la bouturer, c’est-à-dire prélever un fragment de l’arbre et le faire repartir ailleurs. Tous les 'Golden Delicious' du monde sont ainsi les morceaux d’un même arbre, repéré par hasard vers 1890 dans une ferme de Virginie-Occidentale, et recopié depuis sans interruption.

Précision de rigueur : c’est la partie aérienne qui constitue ce clone. On la greffe sur un porte-greffe qui, lui, est une autre plante, choisie pour sa vigueur ou sa résistance. Un pommier de verger est donc deux plantes en une : des racines d’un côté, une variété - pardon, un cultivar - de l’autre.
Quand les cultivars sont trop nombreux pour être énumérés, on les réunit en Groupes de cultivars. Le chou en est l’exemple parfait : une seule espèce, Brassica oleracea, et des groupes qui portent chacun le nom de l’organe sélectionné - Groupe Capitata pour les choux pommés, Groupe Botrytis pour les choux-fleurs et le romanesco, Groupe Italica pour les brocolis, Groupe Gemmifera pour les choux de Bruxelles, Groupe Gongylodes pour les choux-raves, Groupe Acephala pour les kales (voir Chou).
Enfin, une dernière confusion, commerciale celle-là. Pink Lady n’est pas un cultivar : c’est une marque déposée. Le cultivar, lui, s’appelle 'Cripps Pink', obtenu en Australie dans les années 1970 par John Cripps en croisant… 'Golden Delicious' et 'Lady Williams'. Seules les 'Cripps Pink' qui satisfont à un cahier des charges ont le droit d’être vendues sous le nom de Pink Lady. Le nom botanique dit ce que la plante est ; la marque dit qui a le droit de la vendre.
Et un dernier sigle, celui que tout le monde a sous les yeux sans le lire.
Sur les sachets de graines et les étiquettes des plants, en jardinerie, deux caractères reviennent sans cesse : « F1 ». Tomate 'Marmande' F1, courgette F1, chou F1. Le sigle n’est dans aucun dictionnaire courant, et presque personne ne sait ce qu’il dit.
Il ne nomme pas une variété : il indique une génération. F comme filiale, 1 comme première - c’est la notation de Mendel. Un hybride F1 est la première génération issue du croisement de deux lignées pures, c’est-à-dire de deux souches rendues homogènes par des générations d’autofécondation.
L’intérêt de l’opération est double. Cette première génération est souvent plus vigoureuse que ses deux parents - on parle de vigueur hybride -, et surtout elle est parfaitement homogène : tous les plants se ressemblent, mûrissent ensemble et donnent des fruits de même calibre. Pour un maraîcher qui récolte en une fois, ou pour un étal qui doit être régulier, cela change tout.
Mais la génération suivante, elle, se disperse. Semez les graines d’un F1, et vous n’obtiendrez pas le F1 : les caractères des deux grands-parents se recombinent et se séparent, et la récolte devient inégale. C’est exactement ce qui arrive au pépin de Golden, plus haut dans cette fiche - la même loi, appliquée à un potager. Le jardinier qui veut retrouver son F1 doit donc en racheter les graines, ce qui est la conséquence d’une loi de l’hérédité autant qu’une commodité pour le semencier.
Reste la confusion la plus répandue, et il faut la lever nettement : un F1 n’est pas un OGM.
Faire un F1, c’est déposer le pollen d’une lignée sur le stigmate d’une autre. Le geste le plus ancien qui soit, celui que les abeilles font toute la journée - simplement dirigé, et parfois exécuté à la pince à épiler après avoir retiré les étamines à la main (voir Hysope). Aucun gène n’est ajouté ni prélevé : on redistribue ce que les deux parents possédaient déjà.
Un organisme génétiquement modifié, c’est autre chose : un gène choisi, inséré dans le génome au laboratoire, souvent venu d’une autre espèce. Deux opérations sans rapport, que l’on confond parce qu’elles ont en commun de venir d’un semencier et de sonner industriel.
Et la meilleure façon de mesurer l’écart est d’aller voir comment on fabrique réellement un OGM. L’outil n’a pas été inventé par des biologistes : ils l’ont emprunté à une bactérie du sol qui insère son ADN dans les plantes depuis des millions d’années (voir Galle).
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