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Ne plus se planter
C
Notion

Cultivar

Des corbeilles de pommes de nombreuses sortes lors d’une fête des fruits, chacune accompagnée d’une étiquette portant son nom. Les étiquettes disent « variété » là où le botaniste dirait « cultivar ». (Photo Cjp24, CC BY-SA 4.0.)
Des corbeilles de pommes de nombreuses sortes lors d’une fête des fruits, chacune accompagnée d’une étiquette portant son nom. Les étiquettes disent « variété » là où le botaniste dirait « cultivar ». (Photo Cjp24, CC BY-SA 4.0.)

Ce que l’on croit souvent

Golden, Reinette, Cœur-de-bœuf : ce sont des variétés, comme la nature en produit.

La vraie définition botanique

Golden, Reinette de Caux, Belle de Boskoop, Rambour de Flandre. Cœur-de-bœuf, Green Zebra, Rose de Berne. On appelle tout cela des variétés, et l’on imagine volontiers que la nature les a faites, comme elle fait les espèces.

Ce ne sont pas des variétés. Ce sont des cultivars.

Le mot est laid, mais il est exact. Cultivar est la contraction de l’anglais cultivated variety, « variété cultivée ». Il a été forgé en 1923 par le botaniste américain Liberty Hyde Bailey, précisément pour cesser de confondre deux choses qui n’ont rien à voir.

La variété, au sens botanique, est un rang de la classification - on l’abrège var. C’est une population sauvage légèrement distincte au sein d’une espèce : elle est née sans nous, et elle se perpétue sans nous.

Le cultivar, lui, est une obtention humaine. Quelqu’un l’a repéré, croisé, sélectionné, multiplié - et quelqu’un doit continuer à le multiplier, sans quoi il disparaît. 'Golden Delicious' n’existe pas dans la nature : elle existe parce que des hommes l’entretiennent depuis un siècle.

Et cela s’écrit d’une façon bien précise.

Les plantes cultivées ont leur propre code de nomenclature, distinct de celui des plantes sauvages : le Code international de nomenclature des plantes cultivées. Il impose une écriture qui trahit aussitôt la nature du nom :

  • le nom de l’espèce en latin et en italique : Malus domestica ;
  • le nom du cultivar dans la langue de tous les jours, avec une majuscule, entre guillemets simples et sans italique : Malus domestica 'Golden Delicious'.

Ces guillemets simples ne sont pas une coquetterie de typographe : ils signalent qu’on quitte le sauvage pour le jardin. Rosa 'Peace', Brassica oleracea 'Romanesco' - dès qu’un nom paraît entre ces petites virgules levées, on sait qu’il y a une main humaine derrière.

Bref, ce que nous appelons « variétés » sur les étals n’en sont pas. Ce sont des cultivars : non pas des accidents de la nature, mais des œuvres - et des œuvres qu’il faut entretenir.


Pour aller plus loin.

Un cultivar est le plus souvent un clone. Semez un pépin de Golden : vous n’obtiendrez pas une Golden, mais un pommier inédit, né de sa mère et d’un pollen inconnu. Pour garder la Golden, il faut la greffer ou la bouturer, c’est-à-dire prélever un fragment de l’arbre et le faire repartir ailleurs. Tous les 'Golden Delicious' du monde sont ainsi les morceaux d’un même arbre, repéré par hasard vers 1890 dans une ferme de Virginie-Occidentale, et recopié depuis sans interruption.

Grosse branche de pommier coupée et enduite de mastic, sur laquelle des greffons ont repris et portent de jeunes feuilles
Une branche de pommier recoupée, enduite de mastic, sur laquelle des greffons ont repris et débourrent. C’est ainsi qu’un cultivar se perpétue : non pas par la graine, mais par le fragment. (Photo Karelj, domaine public.)

Précision de rigueur : c’est la partie aérienne qui constitue ce clone. On la greffe sur un porte-greffe qui, lui, est une autre plante, choisie pour sa vigueur ou sa résistance. Un pommier de verger est donc deux plantes en une : des racines d’un côté, une variété - pardon, un cultivar - de l’autre.

Quand les cultivars sont trop nombreux pour être énumérés, on les réunit en Groupes de cultivars. Le chou en est l’exemple parfait : une seule espèce, Brassica oleracea, et des groupes qui portent chacun le nom de l’organe sélectionné - Groupe Capitata pour les choux pommés, Groupe Botrytis pour les choux-fleurs et le romanesco, Groupe Italica pour les brocolis, Groupe Gemmifera pour les choux de Bruxelles, Groupe Gongylodes pour les choux-raves, Groupe Acephala pour les kales (voir Chou).

Enfin, une dernière confusion, commerciale celle-là. Pink Lady n’est pas un cultivar : c’est une marque déposée. Le cultivar, lui, s’appelle 'Cripps Pink', obtenu en Australie dans les années 1970 par John Cripps en croisant… 'Golden Delicious' et 'Lady Williams'. Seules les 'Cripps Pink' qui satisfont à un cahier des charges ont le droit d’être vendues sous le nom de Pink Lady. Le nom botanique dit ce que la plante est ; la marque dit qui a le droit de la vendre.

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