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Ne plus se planter
E
Plante

Eucalyptus

Houppier d’eucalyptus vu de dessous : écorce lisse et pâle, feuilles étroites en faucille pendues verticalement, et beaucoup de ciel visible entre elles. (Photo Manuel Ferreira.)
Houppier d’eucalyptus vu de dessous : écorce lisse et pâle, feuilles étroites en faucille pendues verticalement, et beaucoup de ciel visible entre elles. (Photo Manuel Ferreira.)

Ce que l’on croit souvent

L’eucalyptus est un arbre australien à feuilles rondes et bleutées, celles que vend le fleuriste, et l’on en tire une huile essentielle qui s’appelle « eucalyptus ».

La vraie définition botanique

Le mot évoque une image précise : un grand arbre à l’écorce qui pèle, des feuilles rondes et bleutées comme celles que vend le fleuriste, une odeur de pharmacie. Il y a trois erreurs dans cette seule image.

Commençons par le nombre. L’eucalyptus n’est pas un arbre, c’en est environ sept cents. Le genre Eucalyptus compte à peu près 700 espèces acceptées, presque toutes australiennes. Dire « l’eucalyptus » revient à dire « le chêne » en croyant désigner quelqu’un.

Mais le plus intéressant est ailleurs : le mot déborde le genre.

En 1995, deux botanistes australiens, Ken Hill et Lawrie Johnson, ont retiré du genre Eucalyptus une centaine d’espèces pour en faire un genre à part, Corymbia. Un troisième genre, Angophora, en réunit une quinzaine. Au total, ce que l’on appelle couramment « eucalyptus » rassemble environ 830 espèces réparties en trois genres - dont plus de cent vingt ne sont pas des Eucalyptus.

Vous en avez peut-être un flacon chez vous. L’« eucalyptus citronné » de l’aromathérapie n’en est plus un depuis trente ans : c’est Corymbia citriodora. Le nom commercial a gardé le mot, la botanique le lui a retiré (voir Chémotype).

Une précision s’impose ici, car on invoque volontiers l’APG comme s’il tranchait tout.

L’Angiosperm Phylogeny Group refait depuis 1998 la classification des plantes à fleurs sur les données moléculaires. Sa quatrième version, l’APG IV parue en 2016, reconnaît 64 ordres et 416 familles. Elle range les eucalyptus dans la famille des Myrtacées, au sein de l’ordre des Myrtales, avec le myrte, le giroflier et le goyavier. Là-dessus, personne ne discute.

Seulement l’APG ne travaille qu’aux niveaux de l’ordre et de la famille : c’est écrit dans le titre même de ses publications. Les limites des genres ne relèvent pas de lui. Elles se décident entre spécialistes du groupe concerné, par consensus, et rien ne les oblige à s’accorder.

D’où une dispute qui n’est pas close. Faut-il un seul genre, comme le défendait Brooker en 2000 ? Trois, comme le retient aujourd’hui l’usage international ? Ou quatre, depuis que Crisp et ses collègues ont élevé Blakella au rang de genre en 2024, coupant Corymbia en deux ? Nicolle a répliqué en 2025 dans la revue TAXON, sous un titre qui dit tout - « The genus problem » -, en plaidant pour limiter les bouleversements ; Cook lui a répondu la même année : « Eucalyptus was not the problem ».

Nous sommes donc devant une frontière taxonomique en train d’être discutée, cette année, par des gens qui signent leur désaccord. Non pas le récit d’une révision passée : une révision en cours (voir Espèce).

Reste l’image du fleuriste. Elle est fausse aussi, ou plutôt vraie à moitié.

Beaucoup d’eucalyptus portent deux feuillages successifs, si différents qu’on les prendrait pour deux plantes. Les feuilles juvéniles sont opposées deux par deux, sessiles, larges, presque rondes, couvertes d’une pruine bleu-blanc, et tenues à plat sur une tige carrée. Les feuilles adultes sont alternes, pétiolées, étroites, allongées en faucille, et surtout elles pendent verticalement. Ce changement porte un nom : l’hétéroblastie.

Les branches vendues chez le fleuriste sont du feuillage juvénile. L’arbre adulte ne ressemble pas du tout à cela.

Jeune pousse d’eucalyptus à feuilles larges et opposées, certaines couvertes d’une pruine blanchâtre, devant une plantation d’arbres adultes à feuilles étroites
Un rejet au premier plan, avec ses feuilles larges, opposées et couvertes de pruine blanche ; derrière lui, les adultes de la même plantation, aux feuilles étroites et pendantes. Deux feuillages, une seule espèce. (Photo Manuel Ferreira, Portugal.)

Et cette feuille pendante n’est pas une coquetterie. Une lame tenue verticalement n’offre au soleil de midi que sa tranche : elle chauffe moins, elle transpire moins. Ce qui explique ce que remarque tout promeneur dans une plantation portugaise ou espagnole - une forêt d’eucalyptus ne fait presque pas d’ombre. Le sol y reste clair et sec, et le ciel se voit à travers.

Il reste le plus élégant, et c’est le nom lui-même.

Eucalyptus vient du grec eu, bien, et kalyptos, couvert : « bien couvert ». L’Héritier de Brutelle, qui a nommé le genre en 1788, ne parlait ni de l’arbre ni de son écorce, mais de son bouton floral.

Car ce bouton est coiffé d’un capuchon, l’opercule, formé des pétales et des sépales soudés entre eux. À l’ouverture de la fleur, l’opercule se détache d’un bloc et tombe, comme on retire un couvercle. Ce qui apparaît alors n’est pas une corolle : c’est un pompon d’étamines nombreuses, blanches, jaunes ou rouges selon l’espèce.

La fleur d’eucalyptus n’a donc pas de pétales - ou plus exactement elle les a soudés en couvercle, puis jetés. Toute sa parure est faite d’étamines, exactement comme celle du mimosa (voir Étamine, voir Mimosa).

Grappes de boutons floraux d’eucalyptus sur des rameaux rouges, chaque bouton coiffé d’un opercule conique terminé en bec
Le nom du genre, en image. Chaque bouton porte son opercule conique, ce couvercle fait des pétales et des sépales soudés. Il tombera d’un bloc pour libérer les étamines. Eu-kalyptos : bien couvert. (Photo Manuel Ferreira, Portugal.)

Un genre dont le nom décrit le couvercle d’une fleur sans pétales, qui rassemble sept cents espèces, dont on discute encore cette année pour savoir si elles font un genre ou quatre, et dont le représentant le plus vendu en pharmacie n’en fait plus partie. « L’eucalyptus » est un mot commode. Ce n’est pas une plante.

À ne pas confondre

  • EucalyptusEucalyptus spp.

    Le genre au sens strict : environ 700 espèces acceptées, presque toutes australiennes

  • CorymbiaCorymbia spp.

    Une centaine d’espèces retirées d’Eucalyptus en 1995, dont l’« eucalyptus citronné » des flacons

  • AngophoraAngophora spp.

    Une quinzaine d’espèces ; troisième genre du groupe, jamais appelé eucalyptus en français

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