Hampe

Ce que l’on croit souvent
Une hampe, c’est la tige qui porte les fleurs - le mot fait simplement plus savant que « tige ».
La vraie définition botanique
Ce dictionnaire emploie le mot depuis longtemps. Il apparaît dans les fiches Ail, Coucou, Datte, Espèce et Clou de girofle - six fois, sans avoir jamais été défini. Il fallait s’en occuper, d’autant que dans ces six emplois le mot ne veut pas toujours dire la même chose.
Une hampe n’est pas n’importe quelle tige florale.
C’est une tige qui remplit deux conditions, et l’une des deux est presque toujours oubliée :
- elle porte des fleurs à son sommet ;
- et elle est nue - dépourvue de feuilles sur toute sa longueur.
La seconde condition est le cœur de l’affaire. Une hampe part en général d’une rosette de feuilles plaquées au sol, ou d’un bulbe enterré, et monte d’un trait sans rien porter d’autre que sa fleur. Les botanistes l’appellent aussi scape.
Le pissenlit en est le cas d’école, et c’est ce que montre la photographie ci-dessus. Toutes les feuilles sont en bas, étalées en rosette contre la terre. Le capitule jaune, lui, est hissé au bout d’un tube creux, parfaitement lisse, où pas une feuille ne pousse. Cassez-le : il rend un latex blanc. Cette tige-là est une hampe.
Le sont aussi celle de la tulipe, celle de la jacinthe, celle du coucou - « une rosette de feuilles gaufrées au ras de l’herbe, une hampe dressée, et tout en haut un bouquet de petites cloches » (voir Coucou) - ou celle que l’ail à tige dure envoie du fond de son bulbe (voir Ail).
Et voici ce qui n’en est pas une.
La tige fleurie d’une rose, d’un chardon, d’un coquelicot : elles portent des feuilles, donc ce ne sont pas des hampes, seulement des tiges florifères. Le critère est aussi simple que cela, et il se vérifie d’un coup d’œil - comme le montre la planche ci-dessous, où les quatre plantes ont été photographiées dans le même type de pré.

Pourquoi ce détail mérite un article.
Parce qu’une tige nue n’est pas une bizarrerie de vocabulaire : c’est une stratégie, et elle répond à une contrainte précise.
Une plante en rosette a choisi de garder ses feuilles au ras du sol - à l’abri du vent, du gel, de la dent des herbivores et de la lame de la tondeuse. C’est un excellent abri, mais il a un défaut : au ras du sol, personne ne vous voit, et surtout pas les insectes. Il faut donc, au moment de fleurir, hisser la fleur sans déménager les feuilles.
La hampe est exactement cet ascenseur. Elle ne sert qu’à cela : monter la fleur à hauteur de pollinisateur, puis, chez beaucoup d’espèces, la monter encore un peu plus haut pour que le vent prenne les graines. Chez le pissenlit, la hampe s’allonge une seconde fois après la floraison, quand l’aigrette est prête - la fleur avait besoin d’être vue, la graine a besoin d’être emportée (voir Akène).
Une fois qu’on a vu cela, on ne regarde plus une pelouse de la même façon. Ces centaines de tiges nues ne sont pas des tiges qui auraient oublié leurs feuilles : ce sont des perches, et chacune n’a qu’un seul travail.
Pour aller plus loin : le mot déborde, et ce dictionnaire n’y échappe pas.
Voici l’aveu. En relisant nos propres fiches pour écrire celle-ci, j’ai trouvé le mot employé dans trois sens différents, dont deux ne sont pas botaniques.
Le sens strict, d’abord, dans Coucou et dans Ail : une tige nue partant d’une rosette ou d’un bulbe. Parfait.
Un sens élargi, ensuite, dans Espèce et dans Datte, où « hampe » désigne la tige qui porte l’inflorescence, qu’elle soit nue ou non. C’est l’usage courant des horticulteurs et des lavandiculteurs, qui parlent sans hésiter de la « hampe florale » de la lavande. Il est répandu, il est commode, mais il fait perdre au mot ce qui le distinguait de « tige ».
Et un sens franchement métaphorique, enfin, dans Clou de girofle, où j’ai écrit que « la hampe quadrangulaire de 10 à 12 mm est l’hypanthe ». Là, le mot ne désigne plus une tige du tout : il désigne la forme allongée du clou, comme on parle de la hampe d’un drapeau ou de celle d’une lettre. C’est d’ailleurs le sens d’origine - le mot vient du bois d’une lance -, et la botanique n’a fait que l’emprunter.
Faut-il corriger nos fiches ? Non, et c’est peut-être la leçon la plus utile de cet article. Le sens élargi est correctement compris de tous, et le sens métaphorique est du français ordinaire. Un mot n’a pas à être unique pour être juste - il doit seulement être clair dans son contexte.
Ce dictionnaire ne traque pas les mots imprécis. Il traque ceux qui font croire à autre chose que ce qui est : la « gousse » d’ail qui n’est pas un fruit, la « baie » de genièvre qui est un cône, le « fruit » du ginkgo qui est un ovule. « Hampe » ne trompe personne. Il mérite seulement qu’on sache, en le lisant, s’il est employé au sens strict - auquel cas il apprend quelque chose sur la plante - ou au sens large, auquel cas il ne dit rien de plus que « tige ».
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