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Ne plus se planter
I
Plante

Iris

Fleur d’iris blanche vue de face : trois pièces dressées vers le haut et trois retombantes marquées de jaune. (Photo Manuel Ferreira.)
Fleur d’iris blanche vue de face : trois pièces dressées vers le haut et trois retombantes marquées de jaune. (Photo Manuel Ferreira.)

Ce que l’on croit souvent

La fleur de lys des rois de France est un lys - c’est dans son nom, et l’emblème lui ressemble.

La vraie définition botanique

Trois fleurs de lys d’or sur fond d’azur : les armes de France, l’emblème le plus reconnaissable de notre histoire. Le nom dit lys, la forme évoque un lys, et personne ne songe à vérifier.

C’est pourtant un iris.

Regardez la photographie ci-dessus, et regardez un blason. La fleur de lys héraldique se compose de trois pièces : une dressée au centre, deux qui retombent de part et d’autre, réunies par une barre transversale.

Or c’est exactement l’architecture d’une fleur d’iris. Elle porte six pièces réparties en deux étages : trois dressées vers le haut, que les horticulteurs appellent les étendards, et trois retombantes, les sabots - qui portent souvent une tache colorée servant de piste d’atterrissage aux insectes.

Un lys ne fait pas cela. Le lys blanc (Lilium candidum) ouvre six pièces semblables, étalées en trompette, toutes orientées de la même façon. Pas de haut, pas de bas, pas de barre. Rien qui ressemble au dessin des armes de France.

Alors pourquoi « lys » ?

Deux explications circulent, et elles ne s’excluent pas.

La première est une déformation de nom. Louis VII aurait porté un iris jaune comme emblème, et l’on aurait dit la fleur de Louis, devenue fleur de Luce, puis fleur de lys. L’iris entre dans les armoiries royales vers 1180.

La seconde est une rivière. La Lys, en Flandre, coule entre des berges couvertes d’iris jaunes ; le seigneur d’Armentières en aurait fait son motif, et le roi l’aurait repris en annexant le fief. Fleur de Lys serait alors la fleur d’un cours d’eau, non celle d’une espèce.

Iris jaunes des marais en fleur au bord d’un plan d’eau, parmi leurs longues feuilles en glaive
L’iris des marais (Iris pseudacorus), le candidat le plus souvent retenu. Il pousse les pieds dans l’eau, ce qui explique la piste de la rivière - et sa fleur jaune d’or explique la couleur de l’emblème. Notez les feuilles : longues, plates, en lame de glaive. D’où l’un de ses noms populaires, glaïeul des marais - du latin gladiolus, « petite épée ». (Photo oatsy40, CC BY 2.0.)

Une prudence, tout de même, car ce dictionnaire n’aime pas les certitudes commodes. Ces deux explications sont des hypothèses, non des faits établis, et une partie des héraldistes tient la fleur de lys pour une figure stylisée - un signe géométrique qui ne cherchait à représenter aucune espèce précise. Ce que l’on peut dire sans risque est plus modeste, et suffit : si l’emblème représente une fleur, ce n’est certainement pas un lys, et l’iris en est le modèle le plus vraisemblable.

Le mot lui-même a d’ailleurs voyagé.

« Iris » est le nom de la messagère des dieux dans la mythologie grecque, celle qui descendait de l’Olympe par l’arc-en-ciel - et qui a donné son nom à l’arc lui-même. La fleur le porte pour la variété de ses couleurs. Et c’est le même mot qui désigne, dans notre œil, le disque coloré autour de la pupille.

Une messagère, un arc-en-ciel, une fleur et une partie de l’œil : le mot a fait du chemin, et il a gardé partout le même sens - ce qui est coloré.


Pour aller plus loin : ce que l’iris cache sous terre.

Il y a une seconde méprise, plus discrète, et elle est de jardinier.

On parle couramment de la « racine d’iris », et l’on croit volontiers que cette plante à fleurs sort d’un bulbe, comme la tulipe ou la jonquille. Ni l’un ni l’autre. Ce qui court à fleur de terre sous un iris est un rhizome : une tige souterraine, horizontale, qui émet ses racines vers le bas et ses feuilles vers le haut - ce qu’une racine ne fait jamais (voir Rhizome, voir Bulbe).

Cela n’a rien d’un détail de vocabulaire. C’est ce qui explique qu’un iris se multiplie en s’étalant, qu’on le divise en tronçons plutôt qu’en le semant, et qu’il faille le replanter en surface : un rhizome enterré trop profond pourrit, là où un bulbe demande justement d’être enfoui.

Le même organe fournit d’ailleurs l’une des matières les plus chères de la parfumerie, et son histoire est belle. Le rhizome de certains iris - l’iris pâle, l’iris d’Allemagne - est récolté, pelé, puis séché et vieilli trois à cinq ans. Fraîchement arraché, il ne sent rien d’aimable : la pomme de terre crue. C’est pendant ces années d’attente que des enzymes transforment des précurseurs inodores, les iridals, en irones - les molécules à l’odeur poudrée de violette. Le produit obtenu, le beurre d’iris, vaut au gramme davantage que l’or.

Le rapprochement s’impose avec une autre racine de ce dictionnaire, et il est instructif. Le rhizome de la benoîte livre son odeur de girofle à l’instant où on le froisse, parce que la molécule y attend déjà, enfermée dans un sucre (voir Clou de girofle). Celui de l’iris met cinq ans à fabriquer la sienne. Deux racines, deux parfums, et deux horloges opposées.

Voilà donc un iris entier : une fleur que l’on prend pour un lys, une tige que l’on prend pour une racine, et un parfum qui n’apparaît qu’une fois la plante morte.

À ne pas confondre

  • Iris des marais, ou iris jauneIris pseudacorus

    L’espèce le plus souvent retenue comme modèle de la fleur de lys. Elle pousse les pieds dans l’eau, notamment sur les rives de la Lys, en Flandre

  • Lys blanc, ou lis de la MadoneLilium candidum

    Le vrai lys : six tépales étalés en trompette, et un bulbe. Rien de la structure à deux étages de l’iris

  • Iris d’OrientIris orientalis

    Un iris blanc de jardin - de quoi entretenir la confusion, puisqu’on l’appelle spontanément un lys

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