Noix

Ce que l’on croit souvent
La noix ? Un fruit sec, évidemment - dur, sans eau, rangé au rayon des « fruits à coque » avec les amandes et les noisettes.
La vraie définition botanique
Au rayon des « fruits secs », la noix voisine avec l’amande, la noisette, la pistache. Dure, pauvre en eau, elle se conserve tout l’hiver : un fruit sec, cela semble aller de soi.
Eh bien… ça se discute ?
Et comment. Car sur l’arbre, la noix ne ressemble pas du tout à ce qu’on achète. Elle est verte, ronde, et surtout enveloppée d’une peau charnue un peu amère : le brou (celui qui tache les doigts et sert à la liqueur). Sous le brou, une coque dure et ligneuse ; et dans la coque, la graine - le cerneau.
Or une enveloppe charnue, un noyau dur, une graine à l’intérieur… c’est exactement le plan d’une drupe - le type de fruit de la cerise, de la pêche, de l’abricot. Le brou correspond à la chair de la cerise ; la coque, au noyau ; le cerneau, à l’amande du noyau. Botaniquement, la noix est donc un fruit charnu (une drupe), et non un fruit sec - tout comme l’amande.
(À la loupe, les botanistes précisent : une drupe un peu particulière, qu’ils nomment parfois tryma - car le brou dérive en partie de l’enveloppe florale, et pas seulement du péricarpe. Mais l’essentiel demeure : c’est bien un fruit charnu.)
Mais alors, les « fruits secs », ça n’existe pas en botanique ?
Si, parfaitement - et c’est là qu’il faut être précis. Les botanistes distinguent bien les fruits charnus (baie, drupe…) des fruits secs. Et les fruits secs se répartissent eux-mêmes en deux familles :
- les secs déhiscents, qui s’ouvrent à maturité pour libérer leurs graines : la gousse (petit pois, haricot), la capsule (coquelicot), le follicule, la silique (chou) ;
- les secs indéhiscents, qui restent fermés : l’akène, le caryopse (grain de blé), la samare (érable)… et les vraies noix au sens botanique.
Attends - « les vraies noix » ? La noix ne serait pas une vraie noix ?
Non ! Et c’est le comble. En botanique, une « noix » (du latin nux) désigne un fruit sec indéhiscent, à coque dure et à graine unique. Les vraies noix botaniques, ce sont… la noisette, le gland du chêne, la châtaigne. Notre noix de Grenoble, elle, avec son brou charnu, est une drupe : elle n’est même pas une « noix » au sens des botanistes !
Alors pourquoi tout le monde la range dans les fruits secs ?
Parce qu’on ne la voit jamais entière. On l’achète une fois le brou retiré et la coque séchée : il ne reste que le dur et le sec. La partie charnue - la preuve qu’il s’agit d’une drupe - a disparu avant l’étal. « Fruits secs » et « fruits à coque » sont des rayons de marchand, pas des catégories de botaniste : on y mêle de vrais fruits secs (noisette, châtaigne) et des drupes déshabillées (noix, amande, pistache).

La prochaine fois que vous casserez une noix, souvenez-vous : vous ouvrez le noyau d’un fruit charnu pour en sortir une graine. Ni un fruit sec, ni une vraie noix - une drupe qui avance masquée.
Sources : Wikipédia (Noix, Drupe, Fruit).
Pour aller plus loin.
Ce brou qui fait de la noix une drupe n’est pas seulement une enveloppe : c’est une arme, et elle explique une observation que tous les jardiniers ont faite. Sous un vieux noyer, presque rien ne pousse. L’herbe est rase, les massifs végètent, et certaines plantes - tomates, pommes de terre, rhododendrons - y dépérissent franchement.
La cause est chimique. Le noyer produit dans ses feuilles, ses racines et surtout son brou une substance qui, une fois oxydée à l’air, devient la juglone - la même molécule qui teinte les doigts en brun et qui sert à la teinture. Lessivée par la pluie depuis le feuillage, libérée par les brous tombés et par les racines, elle s’accumule sous la couronne et bloque la germination et la croissance de nombreuses espèces voisines. Ce procédé porte un nom, l’allélopathie : une plante qui empêche chimiquement les autres de s’installer dans son espace. Le noyer ne se contente pas de faire de l’ombre, il désherbe (voir Chimie).
Toutes les espèces n’y sont pas sensibles, et l’on peut cultiver sous un noyer à condition de choisir : les graminées, la plupart des bulbes, le framboisier ou le groseillier s’en accommodent. Mais l’observation valait d’être expliquée, car elle est ancienne : Pline l’Ancien notait déjà que l’ombre du noyer était « lourde » et rendait malade. Il attribuait cela aux vapeurs de l’arbre ; il avait le bon constat et la mauvaise explication - ce qui est, après tout, la situation habituelle avant que la chimie ne s’en mêle.
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