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Ne plus se planter
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Plante

Oxalis

Oxalis tetraphylla, le « trèfle à quatre feuilles » des étrennes : sur toute la touffe, pas une feuille qui n’en ait quatre, en cœur et marquées de pourpre. Un porte-bonheur sans le moindre hasard. (Photo Furatus, CC BY-SA 4.0.)
Oxalis tetraphylla, le « trèfle à quatre feuilles » des étrennes : sur toute la touffe, pas une feuille qui n’en ait quatre, en cœur et marquées de pourpre. Un porte-bonheur sans le moindre hasard. (Photo Furatus, CC BY-SA 4.0.)

Ce que l’on croit souvent

Le petit pot de « trèfle à quatre feuilles » qu’on offre au Nouvel An est un trèfle porte-bonheur.

La vraie définition botanique

Pourquoi un article sur l’oxalis ? Le mot ne dit rien à personne. La plante, pourtant, tout le monde l’a vue : c’est le petit pot de « trèfle à quatre feuilles » qu’on offre au Nouvel An, ou pour la Saint-Patrick, en souhaitant bonne chance.

Regardez-le de près. Toutes ses feuilles ont quatre folioles. Toutes, sans exception. Un porte-bonheur qui ne fait jamais défaut, c’est déjà suspect.

Ce n’est pas un trèfle.

C’est un oxalis, Oxalis tetraphylla, originaire du Mexique, qu’on vend en bulbes pour qu’il lève en quelques semaines. Il n’appartient ni au genre du trèfle ni même à sa famille. Le trèfle, Trifolium, est une Fabacée, la famille du pois et du haricot (voir Légumineuse) ; l’oxalis est une Oxalidacée. Leur ressemblance tient à un dessin de feuille, rien de plus - le dictionnaire a déjà rencontré un faux trèfle, les pieds dans l’eau (voir Ményanthe).

Sur ce dessin, l’oxalis joue d’ailleurs sans tricher. Chez lui, quatre folioles sont la règle de l’espèce, et son nom le dit : tetraphylla, « à quatre feuilles ». Chez le vrai trèfle, c’est une anomalie : une feuille sur plusieurs milliers, selon les estimations, porte une quatrième foliole.

Or c’était précisément cette rareté qui faisait la chance. Trouver un trèfle à quatre feuilles, c’était avoir cherché longtemps et fini par tomber sur l’exception. Le pot des étrennes a remplacé le hasard par une certitude.

Trèfle blanc à quatre folioles marquées d’un chevron blanc, au milieu de feuilles de trèfle ordinaires à trois folioles et de brins d’herbe, avec une tête de fleurs fanée en haut à droite
Le vrai : un trèfle blanc (Trifolium repens) à quatre folioles, perdu parmi les feuilles ordinaires, qui n’en ont que trois. Folioles ovales, marquées d’un chevron blanc ; en haut à droite, une tête de fleurs. (Photo KEBman, domaine public.)

Comment ne plus s’y tromper.

Il suffit de regarder une foliole. Celle de l’oxalis est en cœur : échancrée au sommet, comme si l’on avait pincé le bord. Celle du trèfle est ovale, arrondie, et celle du trèfle blanc de nos pelouses porte souvent un chevron blanchâtre.

Feuilles d’oxalis articulé au sol dans un jardin, parmi des feuilles mortes : trois folioles en forme de cœur, profondément échancrées au sommet
Un autre oxalis, dans un jardin : l’oxalis articulé (Oxalis articulata), venu d’Amérique du Sud et naturalisé en France. Trois folioles seulement, mais bien en cœur, profondément échancrées au sommet - le signe qui ne trompe pas, qu’elles soient trois ou quatre. (Photo Manuel Ferreira.)

Si la plante fleurit, le doute tombe tout à fait. L’oxalis porte des fleurs à cinq pétales bien séparés. Le trèfle groupe au contraire des dizaines de minuscules fleurs en une tête ronde, chacune bâtie comme une fleur de pois - la signature des Fabacées.

Un faux porte-bonheur, mais un vrai genre.

L’oxalis ne se résume pas au pot des étrennes. Le genre compte plus de cinq cents espèces, et nous en avons de sauvages. La plus discrète vit dans nos sous-bois : l’oseille des bois, Oxalis acetosella, dite aussi pain de coucou (voir Coucou). Trois folioles en cœur, de petites fleurs blanches veinées de rose - et un goût franchement acide si l’on mâchonne une feuille. À la tombée du jour, ses folioles se replient, et se rouvrent au matin : un de ces mouvements qu’on appelle, à tort, le sommeil des plantes.

C’est ce goût qui a donné son nom au genre. Oxalis vient du grec oxys, « acide », piquant. Et c’est de ces plantes qu’on a tiré pour la première fois l’acide qui en porte encore le nom : l’acide oxalique. À petite dose, il donne sa vivacité à la feuille ; en quantité, il est toxique. L’oseille des bois se goûte, elle ne se mange pas à pleines poignées.

Pour résumer :

  • Le « trèfle à quatre feuilles » des étrennes est un oxalis, Oxalis tetraphylla : ni un trèfle, ni même un cousin, puisqu’il est une Oxalidacée et le trèfle une Fabacée.
  • Chez lui, quatre folioles sont la règle ; chez le vrai trèfle, une anomalie rarissime - c’est elle qui portait chance.
  • Foliole en cœur : oxalis. Foliole ovale, souvent marquée de blanc : trèfle.
  • Oxalis vient d’oxys, acide : le genre a donné son nom à l’acide oxalique.

Pour aller plus loin : le trèfle de l’Irlande n’en est pas toujours un.

L’Irlande a son propre trèfle emblématique, le shamrock, que saint Patrick aurait utilisé pour faire comprendre la Trinité : trois folioles, un seul brin. La légende est belle, mais aucun texte ne la rapporte avant le XVIIIe siècle, plus de mille ans après la mort du saint.

Mais de quelle plante s’agit-il ? Personne n’a jamais pu le dire avec certitude. En 1893, un naturaliste de Dublin, Nathaniel Colgan, voulut en avoir le cœur net. Il demanda à des Irlandais de plusieurs comtés de lui envoyer ce qu’ils appelaient « shamrock », fit pousser les échantillons jusqu’à la floraison, puis les identifia.

Aucune espèce unique n’en sortit. En 1988, un botaniste du Jardin botanique national d’Irlande, Charles Nelson, refit l’expérience sur 243 échantillons, avec le même résultat : le petit trèfle jaune (Trifolium dubium) pour 46 %, le trèfle blanc (Trifolium repens) pour 35 %, la luzerne lupuline pour 7 %, le trèfle des prés pour 4 %… et l’oseille des bois pour 5 %. Jusque dans l’emblème de l’Irlande, un oxalis s’est glissé parmi les trèfles.

À ne pas confondre

  • Oxalis à quatre feuillesOxalis tetraphylla

    Le « trèfle » des étrennes. Oxalidacée originaire du Mexique, vendue en bulbes. Quatre folioles en cœur marquées de pourpre, sur toutes ses feuilles

  • Trèfle blancTrifolium repens

    Le vrai trèfle des pelouses. Fabacée. Trois folioles ovales souvent marquées d’un chevron blanc - quatre, une fois sur plusieurs milliers

  • Oseille des boisOxalis acetosella

    L’oxalis sauvage de nos sous-bois, dit aussi pain de coucou (voir Coucou). Trois folioles en cœur, et un goût acide

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