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Plante

Réglisse

La réglisse en fleur (Glycyrrhiza glabra) : feuilles composées de folioles ovales, petites fleurs bleu pâle. Une légumineuse, cousine du haricot. (Photo GaardenierMortsel, CC BY-SA 3.0.)
La réglisse en fleur (Glycyrrhiza glabra) : feuilles composées de folioles ovales, petites fleurs bleu pâle. Une légumineuse, cousine du haricot. (Photo GaardenierMortsel, CC BY-SA 3.0.)

Ce que l’on croit souvent

Le bâton de réglisse est une racine, et la réglisse une friandise naturelle, donc sans danger.

La vraie définition botanique

Pourquoi un article sur la réglisse ? Parce qu’on croit tout savoir d’elle : un bâton de bois qu’on mâchonne, une racine, un bonbon noir. Le dictionnaire de l’Académie française parle d’ailleurs de « la racine séchée de la réglisse officinale ».

Le bâton de réglisse n’est pas toujours une racine : c’est souvent une tige souterraine. La plante est une légumineuse, cousine du haricot. Et sa douceur, naturelle, n’est pas pour autant anodine.

Une racine qui n’en est pas toujours une.

Ce que la Pharmacopée européenne appelle « racine de réglisse » est en réalité un mélange : elle est constituée, selon la monographie qu’en donne Jean Bruneton dans sa Pharmacognosie, « par la racine et les stolons séchés » de la plante. Or un stolon n’est pas une racine : c’est une tige. Les botanistes, eux, décrivent la réglisse comme une plante à rhizome, c’est-à-dire à tige souterraine (voir Rhizome). C’est le mot de la flore d’Afrique du Sud, où la plante est cultivée, reprise par la World Flora Online ; la flore de Coste, de son côté, la dit « longuement stolonifère ».

Ces tiges souterraines peuvent courir sur plusieurs mètres, et l’on en coupe des tronçons d’un à deux centimètres de diamètre, toujours selon Bruneton. Comment les distinguer d’une vraie racine ? Par le centre : chez la réglisse, explique Bruneton, les stolons « se différencient des racines par la présence d’une moelle centrale » (voir Racine et Tige). Dans un bâton de réglisse, on peut donc mâcher l’une ou l’autre, sans le savoir.

Quatre morceaux de racine de réglisse séchée sur fond blanc : deux fendus en long, d’un bois jaune vif et fibreux, deux coupés en travers, sous une écorce brune et rugueuse
La « racine de réglisse » du commerce, fendue et coupée : un bois jaune et fibreux sous une écorce brune. Selon la Pharmacopée, on y trouve à la fois des racines et des tiges souterraines. (Photo Salil Kumar Mukherjee, CC BY-SA 4.0.)

Une légumineuse du Midi.

La plante elle-même, on la connaît mal. C’est une herbe vivace d’un mètre environ, aux feuilles composées de nombreuses folioles, qui porte des grappes de petites fleurs bleues, violet pâle ou blanches, puis des gousses aplaties contenant quelques graines. Une fleur en papillon et une gousse : c’est une légumineuse, de la famille des Fabacées, comme le haricot, le pois ou la luzerne (voir Légumineuse). Et elle est française : la flore de Coste la signale à l’état sauvage dans les « fossés et prairies du Midi », dans le Var, les Bouches-du-Rhône et l’Hérault.

Grappe dressée de petites fleurs blanc et violet de réglisse, au bout d’une tige verte, entre des folioles ovales
Une grappe de fleurs de réglisse. La forme de chaque fleur, avec son étendard dressé, est celle des légumineuses, comme chez le pois. (Photo Pharaoh han, CC BY-SA 3.0.)

Une « racine douce », et peut-être une règle.

Son nom savant, Glycyrrhiza, vient du grec et veut dire « racine douce » (glykys, doux, et rhiza, racine) : ironie, puisqu’on mâche souvent une tige. Le mot français a fait un long voyage. Selon le Trésor de la langue française, le latin tardif liquiritia a donné en ancien français licorece, puis ricolice par inversion de sons, avant de devenir reglisse à la fin du XIVe siècle, « sans doute sous l’influence de règle à cause de la commercialisation de la réglisse en longs bâtons ».

Naturelle, mais pas anodine.

La douceur de la réglisse vient d’une substance, la glycyrrhizine, dont le pouvoir sucrant est de 33 à 200 fois celui du sucre, selon une mise au point publiée en 2023 dans La Revue de médecine interne par des médecins de centres antipoison. On la trouve dans les confiseries, les bâtons à mâcher, les tisanes, mais aussi dans certaines boissons à base d’extrait de réglisse, comme le pastis, l’ouzo ou le raki, et dans le pastis sans alcool.

Les mêmes auteurs le notent : « La croyance populaire fait de la réglisse une substance naturelle, saine, et sans toxicité. » Elle ne l’est pas toujours. Consommée en grande quantité et sur une longue durée, la glycyrrhizine peut faire monter la tension artérielle, retenir l’eau et le sel, et faire perdre du potassium, avec des troubles du rythme cardiaque dans les cas graves. En France, les cas signalés aux centres antipoison en 2022 venaient surtout de boissons de type pastis et de confiseries, consommées longtemps et en excès ; près de la moitié étaient graves, et l’un a été mortel. L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) conseille donc de ne pas dépasser 10 milligrammes de glycyrrhizine par jour, et l’Europe impose sur les confiseries qui en contiennent plus de 4 milligrammes par gramme la mention : « contient de la réglisse - les personnes souffrant d’hypertension doivent éviter toute consommation excessive ».

Il n’y a pas lieu de renoncer à un bâton de réglisse ou à quelques bonbons. Mais la réglisse n’est pas inoffensive parce qu’elle est une plante : la sensibilité varie beaucoup d’une personne à l’autre, et le risque tient d’abord à la régularité.

Pour résumer :

  • La « racine de réglisse » vendue en bâtons contient des racines et des tiges souterraines ; les botanistes décrivent une plante à rhizome.
  • La réglisse est une légumineuse, cousine du haricot, sauvage dans le Midi de la France.
  • Son nom grec veut dire « racine douce » ; le mot français doit sans doute quelque chose à la règle, à cause des bâtons.
  • Sa douceur vient de la glycyrrhizine, qui, prise en excès et longtemps, fait monter la tension.

Pour aller plus loin.

Comment un bonbon peut-il faire monter la tension ? Par une erreur d’aiguillage dans le rein.

Avalée, la glycyrrhizine n’agit pas telle quelle. Selon la mise au point de 2023, elle est d’abord découpée dans l’intestin par les enzymes des bactéries qui y vivent, le microbiote. L’un des produits obtenus bloque, dans le rein, une enzyme dont le travail est de désactiver le cortisol, une hormone (son nom savant est 11β-hydroxystéroïde déshydrogénase de type 2).

Or le rein possède des récepteurs destinés à une autre hormone, l’aldostérone, qui commande la rétention du sel et l’élimination du potassium. Le cortisol pourrait agir sur eux, mais d’habitude il n’en a pas le temps : l’enzyme le transforme en une forme inactive, la cortisone. Quand la réglisse bloque l’enzyme, le cortisol s’accumule dans le rein et y exerce, écrit Bruneton, une activité « normalement non exprimée » : il se comporte comme l’aldostérone. Le rein retient le sel et l’eau, perd du potassium, et la tension monte. Les médecins appellent ce tableau un pseudo-hyperaldostéronisme : tout se passe comme s’il y avait trop d’aldostérone, alors qu’il n’y en a pas plus.

À ne pas confondre

  • RéglisseGlycyrrhiza glabra

    La réglisse d’Europe, celle des bâtons, des pastilles et du pastis. Spontanée dans le Midi

  • Réglisse de l’OuralGlycyrrhiza uralensis

    Une autre espèce, cultivée surtout en Chine et en Mongolie ; la Pharmacopée européenne l’admet aussi sous le nom de « racine de réglisse »

  • Réglisse sauvage

    Nom donné à une astragale, autre légumineuse, selon l’Académie française. Ce n’est pas une réglisse

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