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Ne plus se planter
E
Notion

Exotique

Bouquet de tomates en train de mûrir sur le plant, du vert au rouge, dans un potager. (Photo Manuel Ferreira.)
Bouquet de tomates en train de mûrir sur le plant, du vert au rouge, dans un potager. (Photo Manuel Ferreira.)

Ce que l’on croit souvent

Une plante exotique est une plante qui vient d’ailleurs - une catégorie de plantes, au même titre que les plantes grasses ou les plantes grimpantes.

La vraie définition botanique

« Fruits exotiques », « plantes exotiques », « bois exotique » : le mot est partout, et personne ne demande jamais ce qu’il désigne au juste. La réponse spontanée vient toute seule - des plantes qui viennent d’ailleurs.

Première difficulté : « ailleurs » n’existe pas. Ailleurs par rapport à quoi ?

Exotique vient du grec exôtikos, « du dehors ». Le mot ne décrit donc pas la plante, mais la position de celui qui la regarde. La pomme de terre est exotique en France et parfaitement indigène dans les Andes. La lavande est exotique au Japon. Le chêne est exotique en Argentine. Aucune plante n’est exotique en soi : c’est une relation, non une propriété - comme « étranger », qui ne dit rien de la personne et tout de la frontière qu’on a tracée.

Seconde difficulté, plus intéressante encore : ce n’est même pas ce que le mot veut dire dans l’usage.

Un « fruit exotique », au rayon du supermarché, c’est une mangue, un litchi, un fruit de la passion. Ce n’est jamais une tomate. Or la tomate vient des Andes. La pomme de terre aussi. Le maïs vient du Mexique, le haricot d’Amérique centrale, la courgette et la citrouille d’Amérique, le piment du Mexique, le tournesol d’Amérique du Nord, le café d’Éthiopie, le chocolat du Mexique. Aucune de ces plantes n’est appelée exotique par qui que ce soit.

La ligne de partage n’est donc pas géographique. Ce qui fait qu’une plante cesse d’être exotique, c’est l’habitude. Le mot ne mesure pas une distance : il mesure depuis combien de temps nous la fréquentons. Une plante devient française le jour où l’on cesse de la remarquer.

Fleur blanche de pomme de terre, cinq pétales soudés en étoile autour d’un cône d’étamines jaunes, sur le plant
Une fleur de pomme de terre. Presque personne ne l’a regardée, et elle s’ouvre dans tous les potagers de France. Même étoile à cinq pointes que celles de la tomate, de l’aubergine et du poivron : ce sont toutes des Solanacées, et toutes venues d’ailleurs. (Photo Manuel Ferreira.)

Faut-il pour autant renoncer à parler de l’origine des plantes ? Certainement pas. Il existe pour cela un vocabulaire précis, et c’est celui qu’il faut employer quand on veut dire quelque chose.

Une plante indigène est présente sans que nous y soyons pour rien. Une plante introduite a été apportée, volontairement ou par accident.

Parmi les introduites, les botanistes distinguent selon la date, et la coupure conventionnelle est fixée à l’an 1500, c’est-à-dire aux voyages vers l’Amérique. Avant, ce sont des archéophytes ; après, des néophytes. La plupart des archéophytes sont arrivées du Croissant fertile avec l’agriculture néolithique, compagnes obstinées des semences.

Le coquelicot en est une, et le dictionnaire lui consacre une fiche entière : cette « fleur sauvage par excellence » est arrivée avec les blés (voir Coquelicot). Autrement dit, certaines plantes que nous tenons pour françaises depuis toujours sont, par définition, introduites. Simplement, il y a si longtemps que plus personne ne le voit. C’est la démonstration précédente, prise par l’autre bout : là encore, seule l’habitude décide.

Restent deux mots qu’il ne faut surtout pas confondre. Une plante naturalisée est une introduite qui se reproduit seule, durablement, sans que nous l’aidions. Une plante envahissante est une naturalisée qui, en plus, cause des dommages : à d’autres espèces, à un milieu, à une activité.

Et voici la confusion la plus coûteuse : exotique ne veut pas dire envahissante. L’immense majorité des plantes introduites ne le sont pas. Elles restent où on les a mises, ou disparaissent au premier hiver, ou s’installent sans déranger personne. Seule une petite minorité pose un problème réel - le robinier, par exemple, que l’on appelle acacia à tort, et qui compte parmi les espèces exotiques les plus envahissantes d’Europe (voir Acacia). Confondre les deux termes revient à tenir des milliers d’espèces pour suspectes à cause d’une poignée.

« Exotique » ne dit donc rien de la plante. Il dit quelque chose de nous : depuis quand nous la connaissons, et si nous avons cessé de la trouver étrange. C’est un mot de voyageur, pas un mot de botaniste.

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