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Ne plus se planter
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Notion

Chiendent

Épi de chiendent rampant (Elymus repens) : cette graminée ressemble à s’y méprendre à un petit épi de blé, dont elle est une cousine. (Photo Gilles Ayotte, CC BY-SA 4.0.)
Épi de chiendent rampant (Elymus repens) : cette graminée ressemble à s’y méprendre à un petit épi de blé, dont elle est une cousine. (Photo Gilles Ayotte, CC BY-SA 4.0.)

Ce que l’on croit souvent

Le chiendent ? Cette saleté increvable qui envahit le jardin et qu’on n’arrive jamais à arracher. La mauvaise herbe par excellence.

La vraie définition botanique

Le chiendent traîne la pire des réputations : la mauvaise herbe par excellence, la saleté increvable qui finit toujours par gagner. Au point que, dans le langage courant, « chiendent » désigne souvent n’importe quelle herbe indésirable du jardin.

Sauf qu’une « mauvaise herbe », en botanique, ça n’existe pas.

Aucune plante n’est « mauvaise » en soi. Une mauvaise herbe, c’est simplement une plante qui pousse là où l’humain n’en veut pas : le blé dans un champ de betteraves est une mauvaise herbe, et la betterave dans un champ de blé aussi. C’est un jugement de jardinier, pas une catégorie de la nature.

Et « le » chiendent, c’est quelle plante, au juste ?

Là encore, le mot ratisse large. « Chiendent » ne désigne pas une espèce, mais plusieurs graminées différentes, réunies par une seule et même habitude : ramper. Les deux principales sont le chiendent rampant (Elymus repens), celui des potagers de climat tempéré, et le chiendent pied-de-poule (Cynodon dactylon), plus méridional. Comme le chardon, un seul nom pour toute une petite foule d’espèces.

Chiendent pied-de-poule (Cynodon dactylon), une graminée rampante formant un tapis dense
Le chiendent pied-de-poule (Cynodon dactylon) : une tout autre espèce que le chiendent rampant, mais le même nom populaire. « Chiendent » réunit ainsi plusieurs graminées sans lien de parenté proche. (Photo Harry Rose, CC BY 2.0.)

Toutes sont des Poacées - les graminées, la famille du blé, du maïs, du riz et du bambou. La « saleté » qu’on arrache est donc une cousine des céréales qui nous nourrissent. D’ailleurs le chiendent rampant porte des épis qui ressemblent à s’y méprendre à de petits épis de blé.

Pourquoi est-il si difficile à arracher ?

Toute sa force est sous terre. Le chiendent s’étend grâce à des rhizomes : des tiges souterraines blanchâtres qui filent à l’horizontale et lancent une nouvelle pousse à chaque nœud. Le moindre fragment oublié dans la terre suffit à relancer une plante entière - c’est pourquoi bêcher ou motoculter un carré de chiendent revient souvent à le multiplier : on tronçonne les rhizomes en autant de boutures.

Rhizomes blancs de chiendent rampant : les tiges souterraines rampantes qui le rendent si envahissant
Le vrai secret du chiendent : ses rhizomes, des tiges souterraines blanches qui rampent et repartent au moindre morceau. Bêcher les tronçonne - et les multiplie. (Photo Rasbak, CC BY-SA 3.0.)

Cette bête noire a pourtant de vraies vertus. La fameuse « racine de chiendent » des herboristeries - diurétique, adoucissante, prise en tisane - est justement récoltée sur Elymus repens. Avec une nuance de taille : ce qu’on appelle « racine de chiendent » n’est pas une racine, mais un rhizome, c’est-à-dire une tige souterraine. Chats et chiens, eux, en mâchent volontiers les feuilles pour se purger.

Bref, le chiendent n’est ni une « saleté » ni même une plante unique : c’est un petit groupe de graminées tenaces, cousines du blé, dont le seul tort est de pousser là où on ne les avait pas invitées.


Pour aller plus loin.

Il faut rendre au chiendent une justice inattendue : cette « saleté » est un réservoir génétique pour le blé. Étant une graminée du même groupe, il est assez proche des blés cultivés pour qu’on puisse, au prix de croisements difficiles, transférer certains de ses gènes dans leur patrimoine. Or le chiendent, lui, a passé son existence sans sélectionneur, à résister seul aux champignons, au froid et à la sécheresse : il possède des résistances que les blés, choisis pendant des siècles pour leur rendement, ont perdues en route. Plusieurs variétés de blé cultivées aujourd’hui portent des fragments de chromosomes venus de ses parents sauvages. La plante qu’on arrache d’un côté du jardin sauve la récolte de l’autre.

Quant à sa réussite, elle n’a rien de diabolique : elle tient à la définition même du jardin. Le chiendent est une plante pionnière, adaptée aux sols régulièrement retournés, mis à nu, perturbés - exactement ce qu’est un potager. Une prairie stable, dense, jamais bêchée, l’étouffe assez bien. En bêchant chaque année, nous ne combattons pas le chiendent : nous recréons pour lui, saison après saison, le milieu précis auquel il est le mieux adapté, et nous tronçonnons ses rhizomes en boutures par la même occasion. Le jardinier acharné est son meilleur allié.

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