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Ne plus se planter
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Ortie et fausses orties

Grandes orties et lamiers blancs mêlés au bord d’un chemin : mêmes feuilles dentées, même port. Seules les fleurs blanches trahissent l’« ortie blanche », qui n’est pas une ortie et ne pique pas. (Photo Manuel Ferreira.)
Grandes orties et lamiers blancs mêlés au bord d’un chemin : mêmes feuilles dentées, même port. Seules les fleurs blanches trahissent l’« ortie blanche », qui n’est pas une ortie et ne pique pas. (Photo Manuel Ferreira.)

Ce que l’on croit souvent

Les orties blanche, rouge ou jaune sont des variétés d’ortie à fleurs colorées, qui auraient perdu leur piqûre.

La vraie définition botanique

Pourquoi un article sur l’ortie ? Tout le monde la connaît, et beaucoup la connaissent de la main. Mais au bord des chemins, au printemps, pousse à côté d’elle une plante aux feuilles presque identiques, qui porte de jolies fleurs blanches : l’ortie blanche. On la prend volontiers pour une variété d’ortie, une ortie adoucie qui aurait gardé la forme et perdu la piqûre. Et elle a de la famille, du moins par le nom : on croise aussi une « ortie rouge » et une « ortie jaune ».

Ce ne sont pas des orties.

L’ortie blanche s’appelle aussi lamier blanc, Lamium album. Elle n’appartient ni au genre de l’ortie, Urtica, ni à sa famille, ni même à son ordre. L’ortie est une Urticacée, rangée parmi les Rosales, avec le chanvre, l’orme et le figuier (voir Chanvre). Le lamier est une Lamiacée : la famille de la menthe, de la sauge, du thym et de la lavande (voir Espèce). Entre les deux, la parenté est aussi lointaine qu’entre la menthe et le rosier.

La langue populaire le savait à moitié. Elle appelait aussi le lamier « ortie morte » : une ortie qui ne mord plus. Et les autres fausses orties sont des lamiers elles aussi : l’« ortie rouge » est le lamier pourpre, l’« ortie jaune » le lamier jaune. Aucune ne pique.

Sommet de lamier pourpre vu d’en haut dans l’herbe : rosette de petites feuilles gaufrées et dentées teintées de pourpre, entourée d’un anneau de fleurs roses à deux lèvres
L’« ortie rouge » : le lamier pourpre (Lamium purpureum). Feuilles du sommet gaufrées et teintées de pourpre, fleurs roses à deux lèvres, disposées en anneau comme celles du lamier blanc - et pas un poil qui pique. (Photo Manuel Ferreira.)

Un sosie presque parfait.

La ressemblance, il faut le dire, est remarquable. Les feuilles du lamier sont en cœur, dentées, gaufrées, disposées par paires opposées, exactement comme celles de l’ortie. Même la tige trompe : la tige carrée, signe classique des Lamiacées, se retrouve chez la grande ortie, dont la tige est elle aussi à quatre angles. L’indice qui sert d’ordinaire à reconnaître la famille de la menthe ne sert ici à rien.

On a proposé d’y voir un mimétisme : inoffensif, le lamier serait épargné par les herbivores qui ont appris à éviter l’ortie, près de laquelle il pousse souvent. L’idée est séduisante, et souvent présentée comme un fait. Mais elle n’a, à notre connaissance, jamais été vérifiée par l’expérience. La ressemblance est un constat ; son utilité reste une hypothèse.

Comment ne plus s’y tromper.

Regardez les fleurs. Celles du lamier sont grandes, blanches, et construites comme une bouche : une lèvre supérieure en capuchon, une lèvre inférieure pendante. C’est le trait de toute la famille, qui lui a longtemps donné son nom : avant de s’appeler Lamiacées, elle s’appelait les Labiées, du latin labium, la « lèvre ». Elles forment des anneaux étagés le long de la tige, à l’aisselle des feuilles (voir Épi). Le nom du genre leur rend hommage : on rattache Lamium au grec laimos, la « gorge ».

Lamier blanc en gros plan : fleurs blanches à deux lèvres groupées en anneau autour de la tige, au-dessus d’une feuille dentée en cœur semblable à celle de l’ortie, avec un bourdon roux posé sur une fleur
Le lamier blanc (Lamium album) : sous les fleurs, une feuille qu’on jurerait d’ortie. Mais les fleurs, blanches et à deux lèvres, groupées en anneau, signent la famille de la menthe - et un bourdon est déjà venu y chercher le nectar. (Photo Manuel Ferreira.)

Les fleurs de l’ortie, elles, passent inaperçues. Minuscules, sans pétales, verdâtres, elles pendent en fines grappes (voir Étamine). Et elles sont de deux sortes, portées par des pieds différents : un pied d’ortie est mâle ou femelle, ce que dit son nom, Urtica dioica, l’ortie « à deux maisons ». Sa cousine la petite ortie, Urtica urens - « qui brûle » -, fait autrement : elle porte les deux sortes de fleurs sur le même pied.

Sommet de grande ortie : feuilles dentées opposées et, à leur aisselle, de petites grappes de fleurs verdâtres sans pétales
La grande ortie (Urtica dioica), à la même saison. Les feuilles sont les mêmes ; les fleurs, non. Ici, de petites grappes verdâtres, sans rien de voyant. (Photo Manuel Ferreira.)

Hors floraison, la seule vraie différence est la piqûre - et ce n’est pas une méthode qu’on recommande. Les poils du lamier sont doux ; ceux de l’ortie sont des seringues (voir Défense).

Une ortie qui se suce.

Le lamier offre même ce que l’ortie refuse. Au fond de sa fleur, un long tube cache un nectar très sucré, que seuls atteignent les insectes à longue langue, comme les bourdons. Les enfants des campagnes le connaissaient bien : on arrachait la fleur pour en sucer la base. Ils s’amusaient aussi, dit-on, à brandir des tiges de lamier sous le nez des plus crédules, en les faisant passer pour des orties.

Pour résumer :

  • L’« ortie blanche » est le lamier blanc, Lamium album : une Lamiacée, de la famille de la menthe, sans parenté proche avec l’ortie, qui est une Urticacée.
  • « Ortie rouge » et « ortie jaune » sont d’autres lamiers. Aucun ne pique.
  • Feuilles et tige carrée se ressemblent au point de tromper ; l’idée d’un mimétisme reste une hypothèse non vérifiée.
  • La différence est dans la fleur : grande, blanche, à deux lèvres chez le lamier ; minuscule, verdâtre et sans pétales chez l’ortie.

Pour aller plus loin : qu’y a-t-il dans la seringue de l’ortie ?

La fiche Défense décrit le mécanisme du poil urticant. Reste son contenu, et là aussi circule une idée reçue : l’ortie piquerait à cause de l’acide formique, celui des fourmis. Il en contient peut-être, mais ce n’est pas lui qui fait l’essentiel du travail.

Dès 1947, deux physiologistes, Emmelin et Feldberg, trouvent dans le liquide des poils de la grande ortie de l’histamine et de l’acétylcholine ; la sérotonine s’y ajoute en 1956. Trois substances bien connues de la médecine, qui suffisent à expliquer la brûlure et les cloques des premières minutes.

Mais pourquoi la douleur dure-t-elle parfois des heures ? En 2006, une équipe taïwanaise a analysé les poils d’une ortie asiatique, Urtica thunbergiana, et testé chaque substance séparément. Deux acides inattendus, l’acide oxalique et l’acide tartrique, provoquaient une douleur durable ; l’acide formique, présent en trop faible quantité, ne suffisait pas à l’expliquer. Le résultat vaut pour cette espèce ; il invite à ne plus réciter l’acide formique comme une évidence.

À ne pas confondre

  • Grande ortieUrtica dioica

    La vraie, celle qui pique. Urticacée. Feuilles dentées en cœur, minuscules fleurs verdâtres en grappes pendantes

  • Petite ortie ou ortie brûlanteUrtica urens

    L’autre vraie ortie, annuelle, plus basse, aux feuilles plus rondes. Réputée piquer plus fort encore que la grande

  • Lamier blanc ou ortie blancheLamium album

    Mêmes feuilles, mais aucune piqûre. Lamiacée, de la famille de la menthe. Grandes fleurs blanches à deux lèvres, étagées en anneaux

  • Lamier pourpre ou ortie rougeLamium purpureum

    Plus petit, feuilles du haut teintées de pourpre, fleurs roses. Lamiacée lui aussi, et tout aussi inoffensif

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