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Osier

Bottes d’osier brut dressées au musée de la vannerie de Villaines-les-Rochers : des milliers de rameaux de saule, longs, droits et sans une ramification. (Photo Als33120, CC BY-SA 4.0.)
Bottes d’osier brut dressées au musée de la vannerie de Villaines-les-Rochers : des milliers de rameaux de saule, longs, droits et sans une ramification. (Photo Als33120, CC BY-SA 4.0.)

Ce que l’on croit souvent

L’osier est une matière à tresser, comme le rotin ou le bambou, et non une plante qu’on saurait nommer.

La vraie définition botanique

Pourquoi un article sur l’osier ? Tout le monde en a chez soi : un panier, une corbeille à linge, une malle, un fauteuil de jardin. On le range volontiers avec le rotin, le bambou ou le jonc, parmi les matières qu’on tresse - une matière, comme on dit « en bois » ou « en paille ». Mais de quelle plante vient-il ? La question laisse souvent sans réponse.

L’osier est un saule.

Le Dictionnaire de l’Académie française le dit d’abord : c’est un arbuste de la famille des saules, aux rameaux longs, minces et souples. Ce n’est que par extension que le mot désigne la branche qu’on en tire. Il nomme donc à la fois des plantes et le rameau qu’on coupe. Le portugais fait exactement de même avec vime, qui désigne la baguette et plusieurs saules.

Car plusieurs saules portent ce nom. Le saule des vanniers, Salix viminalis, s’appelle aussi osier blanc ou osier vert ; le saule pourpre, Salix purpurea, osier rouge ; le saule à trois étamines, Salix triandra, osier brun. Tous appartiennent au genre Salix, dans la famille des Salicacées, celle du peuplier. Le nom latin du premier dit déjà l’usage : viminalis vient de vimen, le rameau flexible.

Le mot « osier » n’est donc pas faux. Il est seulement large : il ne nomme pas une espèce, mais un groupe de saules réunis par un usage - un cas voisin de celui de la myrtille (voir Myrtille).

Saule pleureur : un tronc sombre et fissuré, encadré de longs rameaux minces et souples chargés de feuilles étroites, qui retombent en rideau
Un saule pleureur, lignée de Salix babylonica, et ses longs rameaux qui retombent en rideau. La souplesse est une affaire de famille chez les saules. Mais le pleureur n’est pas de ceux qu’on cite pour l’osier : le vannier veut des pousses droites, coupées chaque année. (Photo Manuel Ferreira.)

Un rameau d’un an.

L’osier n’est d’ailleurs pas n’importe quelle branche de saule : c’est la pousse de l’année. Chaque hiver, une fois les feuilles tombées, on coupe tous les brins à une dizaine de centimètres du sol. Au printemps, la souche repart de plus belle, portée par les bourgeons que la coupe a réveillés (voir Bourgeon). Une pousse d’un an n’a pas eu le temps de se ramifier : elle est longue, droite et souple, exactement ce que cherche le vannier.

Autrefois, on conduisait plutôt ces saules en têtards : un tronc court, au sommet duquel on coupait chaque hiver les pousses de l’année. D’où ces arbres à silhouette de balai qui vivent si longtemps (voir Longévité). La culture au ras du sol les a presque partout remplacés, parce qu’elle se récolte à la machine.

Saules taillés en têtard, sans leurs feuilles : sur chaque tronc court jaillit une touffe dense de pousses droites et dorées, au bord d’un pré
Des saules conduits en têtard, sans leurs feuilles : sur chaque tronc court, une touffe de pousses de l’année, droites et dorées. C’est cela, l’osier. La photographie s’intitule Vimieiros : en portugais, un vimieiro est un terrain où pousse l’osier. (Photo Froaringus, CC BY-SA 4.0.)

Brut, blanc ou chamois.

Le vannier ajoute ensuite ses propres couleurs. L’osier brut garde son écorce. L’osier blanc en est dépouillé : on l’écorce au printemps, quand la montée de sève permet de la retirer facilement (voir Écorce). L’osier chamois est bouilli avec son écorce, qui lui donne une teinte brun-roux avant qu’on la retire.

Voilà qui brouille encore les noms : « osier blanc » désigne à la fois une espèce, le saule des vanniers, et une préparation, l’osier écorcé. Un panier blanc n’est pas forcément fait de ce saule.

Le faux osier des fauteuils.

Reste la vraie confusion. Bien des meubles qu’on dit « en osier » n’en contiennent pas un brin. Ils sont en rotin, et le rotin n’a rien d’un saule : c’est la tige d’un palmier grimpant, Calamus, qui s’accroche aux arbres des forêts tropicales d’Asie du Sud-Est. Une tige pleine et robuste, là où le bambou est creux et l’osier un fin rameau.

Rotin sauvage en forêt tropicale : tiges vertes hérissées de longues épines, feuilles de palmier et grappe de petits fruits ronds couverts d’écailles
Un rotin sauvage (Calamus rotang) dans une forêt de Thaïlande : un palmier grimpant hérissé d’épines, avec ses fruits couverts d’écailles. Rien d’un saule - et pourtant ses tiges finissent en fauteuils « en osier ». (Photo Bernard Dupont, CC BY-SA 2.0.)

Le mot a glissé de la plante au geste. En anglais, le glissement est achevé : wicker ne désigne plus une matière, mais une technique de tressage, qui s’applique au saule, au rotin, au jonc - et désormais à la résine synthétique. En français, « osier » semble prendre le même chemin.

Pour résumer :

  • L’osier est un saule : plusieurs espèces du genre Salix portent ce nom, dont le saule des vanniers, Salix viminalis.
  • Le mot désigne aussi le rameau d’un an, coupé chaque hiver au ras de la souche ou au sommet d’un têtard.
  • Brut, blanc ou chamois sont des préparations : avec l’écorce, écorcé, ou bouilli.
  • Le rotin, souvent confondu avec lui, est un palmier grimpant d’Asie : aucune parenté.

Pour aller plus loin : un saule nommé d’après l’aulne ?

D’où vient le mot « osier » ? Selon le Dictionnaire de l’Académie française, il apparaît au XIIe siècle et vient, par le latin auseria, d’un mot gaulois qui désignait l’aulne. Le saule aurait ainsi hérité le nom d’un autre arbre du bord de l’eau.

Mais l’étymologie n’est pas tranchée. D’autres dictionnaires rattachent auseria à un mot francique qui désignait directement le saule. Les deux pistes mènent au même latin médiéval ; on ne sait pas laquelle est la bonne.

À ne pas confondre

  • Osier blanc ou saule des vanniersSalix viminalis

    Le plus connu des saules à osier. Un arbuste aux rameaux très longs, droits et souples

  • Osier rouge ou saule pourpreSalix purpurea

    Un autre saule cultivé pour ses rameaux. Même genre, même famille, même usage

  • RotinCalamus

    Rien à voir avec un saule : un palmier grimpant et épineux des forêts tropicales d’Asie. On en fait pourtant des fauteuils qu’on dit « en osier »

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