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Ne plus se planter
P
Fruit

Pamplemousse

Deux « pamplemousses » achetés le même matin, l’un au marché, l’autre chez un épicier asiatique. Peau fine, chair rose et juteuse, presque pas de pépins, 370 g chacun : ce sont des pomelos. (Photo Manuel Ferreira.)
Deux « pamplemousses » achetés le même matin, l’un au marché, l’autre chez un épicier asiatique. Peau fine, chair rose et juteuse, presque pas de pépins, 370 g chacun : ce sont des pomelos. (Photo Manuel Ferreira.)

Ce que l’on croit souvent

Le pamplemousse est le gros agrume jaune ou rosé du rayon fruits, que l’on coupe en deux au petit déjeuner.

La vraie définition botanique

Pourquoi un article sur le pamplemousse ? Parce que le fruit que l’on appelle ainsi en France n’en est presque jamais un.

Le « pamplemousse » de nos marchés est, dans l’immense majorité des cas, un pomelo. Le vrai pamplemousse est un autre fruit, bien plus gros, que l’on ne trouve guère qu’en épicerie asiatique.

Ce n’est pas une querelle de botanistes. Le ministère de l’Agriculture l’écrit lui-même, dans le cahier des charges du pomelo de Corse : « En France, l’appellation commerciale “pamplemousse” recouvre un ensemble de variétés qui sont en fait des pomelos d’un point de vue botanique. » Et il ajoute que le pamplemousse est le fruit d’une autre espèce, « commercialisé principalement en Extrême-Orient ».

Ticket de caisse froissé d’un marchand de fruits, dont la première ligne indique PAMPLEMOUSSE, suivie de clémentine, kiwi gold, kaki, avocat et concombre
Le ticket du marché. Le fruit avait été demandé sous le nom de pomelo ; la caisse l’a enregistré comme « pamplemousse ». Chez l’épicier asiatique, à qui l’on avait demandé un pamplemousse, c’est aussi un pomelo qui a été vendu. (Photo Manuel Ferreira.)

Deux fruits, deux espèces.

Le vrai pamplemousse, Citrus maxima, est l’une des espèces fondatrices des agrumes cultivés, avec le cédrat et la mandarine (voir Citron). Il vient d’Asie du Sud-Est, du pied de l’Himalaya à l’Indochine, mais on ne lui connaît plus de population sauvage : seulement des arbres cultivés.

Le pomelo, Citrus × paradisi, est un hybride : un croisement du pamplemousse et de l’orange douce, ce que la génétique a confirmé en 2018. Le petit « × » dans son nom latin le signale. C’est donc un descendant du pamplemousse, et pas l’inverse, comme la clémentine descend de la mandarine (voir Clémentine).

Les deux fruits se distinguent sans peine quand on les a côte à côte. Une collection d’agrumes étudiée en Corse donne, en moyenne :

  • un poids de 790 g pour le pamplemousse, contre 380 g pour le pomelo (les deux fruits de la photo d’ouverture pesaient chacun 370 g) ;
  • une écorce épaisse de 18 mm, contre 10 mm ;
  • et surtout 124 pépins par fruit, contre une dizaine.

Le pamplemousse a une chair peu juteuse et acide ; le pomelo, une chair juteuse, sucrée et légèrement amère. C’est ce dernier que l’on mange à la cuillère.

Un gros fruit coupé en deux : chair rose en quartiers au centre, entourée d’une écorce blanche et spongieuse très épaisse, peau extérieure verte, quelques gros pépins
Un vrai pamplemousse (Citrus maxima), coupé en deux, dans le sud de l’Inde. Sa chair est rose comme celle des pomelos de la photo d’ouverture ; mais elle est enveloppée d’une écorce blanche et spongieuse très épaisse, et semée de gros pépins. (Photo Viswaprabha, CC BY-SA 3.0.)

Un fruit né à la Barbade.

Le pomelo n’a pas été créé dans un laboratoire : il est apparu dans les Antilles. Le premier à le décrire est le naturaliste Griffith Hughes, dans son Histoire naturelle de la Barbade, en 1750. Il y parle d’un « arbre du fruit défendu », dont le fruit est un peu plus long et plus gros que la plus grosse des oranges, avec « quelque chose du goût d’un shaddock » - le nom anglais du pamplemousse, venu dit-il des Indes orientales avec un capitaine Shaddock.

On pense aujourd’hui que le pomelo est né d’un croisement accidentel entre un pamplemousse semé et un oranger. Son nom savant, paradisi, « du paradis », lui est donné en 1830. Les botanistes de Kew, qui tiennent la grande liste mondiale des noms de plantes, le rangent aujourd’hui sous le même nom que l’orange amère et l’orange douce, Citrus × aurantium ; les textes du commerce, eux, gardent Citrus paradisi. Le vrai pamplemousse, lui, reste une espèce à part entière.

Des noms qui se croisent.

Le mot « pamplemousse » vient du néerlandais pompelmoes, sans doute « gros citron ». Il entre en français à la fin du XVIIe siècle et désigne alors le gros fruit d’Asie, le seul qui existe. Ce n’est qu’au XXe siècle que le nom glisse vers le pomelo : le Trésor de la langue française ne date ce nouveau sens que de 1946.

Depuis, les deux mots se croisent. L’Académie française définit le pomelo comme le fruit « que l’on appelle aussi, dans le langage courant, pamplemousse ». En anglais, c’est l’inverse : pomelo y désigne le vrai pamplemousse, et le pomelo s’appelle grapefruit. Le nom renverrait à ses fruits groupés en grappes sur l’arbre ; le premier auteur à l’employer, en 1814, l’attribuait pourtant à une ressemblance de goût avec le raisin.

Les textes officiels, eux, sont nets. La norme internationale du Codex Alimentarius appelle « pomelos » les Citrus paradisi et « pamplemousses » les Citrus maxima. La confusion est pourtant si tenace que la version française du règlement européen sur la vente des agrumes, publiée en 2023, avait inversé les deux noms ; il a fallu un correctif de la Commission, en 2025, pour les remettre dans l’ordre.

Il reste un lieu qui porte le nom du vrai fruit : Pamplemousses, à l’île Maurice. Selon le jardin botanique lui-même, le village le doit aux pamplemoussiers que les Hollandais y avaient apportés. C’est dans ce jardin que Pierre Poivre fit planter, en 1770, les girofliers qui allaient briser le monopole hollandais des épices (voir Clou de girofle et Jardin botanique).

Pour résumer :

  • Le vrai pamplemousse est Citrus maxima : très gros fruit d’Asie du Sud-Est, à écorce épaisse et à nombreux pépins.
  • Le « pamplemousse » de nos étals est presque toujours un pomelo, Citrus × paradisi : un hybride du pamplemousse et de l’orange, apparu à la Barbade au XVIIIe siècle.
  • Le nom « pamplemousse » n’a glissé vers le pomelo qu’au XXe siècle ; en anglais, c’est le vrai pamplemousse qu’on appelle pomelo.

Pour aller plus loin : le pomelo et les médicaments.

En 1989, une équipe de chercheurs étudie l’effet de l’alcool sur un médicament contre l’hypertension, la félodipine. Pour masquer le goût de l’alcool, elle le mélange à du jus de pomelo. Surprise : la quantité de médicament dans le sang est bien plus élevée que prévu. En 1991, les mêmes chercheurs publient dans The Lancet le résultat d’un essai dédié : avec le jus de pomelo, la quantité de félodipine absorbée est près de trois fois celle obtenue avec de l’eau ; le jus d’orange, lui, ne change rien.

Le mécanisme est aujourd’hui connu. Le pomelo contient des furanocoumarines, des molécules qui mettent hors service, dans la paroi de l’intestin, une enzyme chargée de détruire une partie de certains médicaments avant qu’ils n’entrent dans le sang. Tant que l’intestin n’a pas refabriqué cette enzyme, le médicament passe en plus grande quantité. Plus de 85 médicaments sont concernés ; le vrai pamplemousse, l’orange amère et le citron vert produisent le même effet, l’orange douce non.

Ce n’est pas une raison de se méfier du fruit, mais de lire la notice : pour un traitement en cours, c’est au médecin ou au pharmacien de dire si le pomelo est à éviter.

À ne pas confondre

  • PamplemousseCitrus maxima

    Le vrai. Très gros fruit à écorce épaisse, chair peu juteuse. Une espèce à part entière, ancêtre d’une bonne partie des agrumes

  • PomeloCitrus × paradisi

    Le « pamplemousse » de nos étals. Un hybride du pamplemousse et de l’orange douce, à peau plus fine et chair juteuse

  • Orange douceCitrus × sinensis

    L’autre parent du pomelo, elle-même issue du pamplemousse et de la mandarine (voir Citron)

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