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Clou de girofle

Clous de girofle séchés en gros plan : chacun est un bouton floral (une fleur non éclose) du giroflier - la « tige » est le réceptacle, la « tête » ronde les pétales fermés. (Photo Manuel Ferreira.)
Clous de girofle séchés en gros plan : chacun est un bouton floral (une fleur non éclose) du giroflier - la « tige » est le réceptacle, la « tête » ronde les pétales fermés. (Photo Manuel Ferreira.)

Ce que l’on croit souvent

Le clou de girofle, c’est une épice - une petite graine séchée, ou un bout de racine.

La vraie définition botanique

Dans le pain d’épice, le vin chaud, ou piqué dans un oignon, le clou de girofle est une épice familière. On le prend pour une graine, un grain séché, un bout de racine peut-être. En réalité, c’est tout autre chose.

Le clou de girofle est une fleur.

Plus exactement un bouton floral : une fleur en bouton, cueillie avant qu’elle ne s’ouvre, puis séchée. La petite « tête » ronde du clou, ce sont les pétales encore repliés, coiffés des quatre sépales qui en forment les pointes ; la « tige », c’est le réceptacle de la fleur. Le clou de girofle, c’est une fleur qui n’a jamais fleuri (voir Bourgeon).

Branche de giroflier (Syzygium aromaticum) portant des grappes de boutons floraux verts et rosés
Le giroflier (Syzygium aromaticum) et ses boutons floraux : verts, puis rosés, ce sont eux qu’on cueille avant l’éclosion et qu’on fait sécher pour obtenir les clous. Une fleur, saisie juste avant qu’elle ne s’ouvre. (Photo Prof. Chen Hualin, CC BY-SA 4.0.)

Ces boutons viennent du giroflier (Syzygium aromaticum), un grand arbre tropical de la famille des Myrtacées - celle de l’eucalyptus et du goyavier. On les cueille quand ils virent au rose, juste avant l’éclosion ; en séchant, ils brunissent et durcissent en « clous ».

Et « clou » ? Et « girofle » ?

« Clou » vient tout simplement de sa forme : du latin clavus, le clou (qui a aussi donné l’anglais clove). « Girofle » remonte au grec karyon (noix) et phyllon (feuille), par le latin caryophyllum.

Attention, enfin, à la giroflée.

La giroflée - la jolie fleur des vieux murs (Erysimum, une Brassicacée, cousine du chou) - n’a rien à voir avec le giroflier. Elle porte ce nom simplement parce qu’elle sent le girofle. Deux familles étrangères, un même parfum : girofle et giroflée ne sont pas de la même famille.


Pour aller plus loin.

Ce parfum si reconnaissable tient à une molécule, l’eugénol - qui forme 70 à 85 % de l’huile essentielle du clou. C’est elle que le dentiste emploie (antiseptique, légèrement anesthésiante), et qui engourdit la gencive quand on mâche un clou sur une rage de dents. Détail de chimiste : l’eugénol doit son nom à l’ancien genre du giroflier, Eugenia. Voir Chimie.

Un arbre qui a changé de nom. Le giroflier a longtemps porté celui d’Eugenia caryophyllata - l’épithète caryophyllata signifiant « qui rappelle le girofle ». La botanique moderne l’a reclassé dans le genre Syzygium : il est aujourd’hui Syzygium aromaticum. Un changement d’étiquette qui n’ôte rien à l’arbre - seulement à notre certitude de bien le ranger.

Sa famille, les Myrtacées, est une grande lignée d’arbres et d’arbustes souvent très aromatiques (riches en huiles essentielles) : outre le giroflier, on y trouve l’eucalyptus, le goyavier, le myrte, le jambosier (la pomme-rose, un autre Syzygium), les Melaleuca (arbre à thé, niaouli, cajeput), le piment de la Jamaïque (Pimenta dioica, le « quatre-épices ») ou encore le rince-bouteille (Callistemon). Une belle famille de parfumeurs.

Et le girofle infuse d’autres noms : l’œillet des fleuristes (Dianthus caryophyllus) le porte lui aussi dans son nom latin - toujours pour la même raison, son odeur.

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