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Rhododendron

Rhododendron ferrugineux en fleur dans le massif de la Vanoise. On l’appelle aussi « laurier-rose des Alpes », sans qu’il soit un laurier-rose. (Photo Ibex73, CC BY-SA 4.0.)
Rhododendron ferrugineux en fleur dans le massif de la Vanoise. On l’appelle aussi « laurier-rose des Alpes », sans qu’il soit un laurier-rose. (Photo Ibex73, CC BY-SA 4.0.)

Ce que l’on croit souvent

Le rhododendron et l’azalée sont deux plantes différentes, et l’azalée sauvage des Alpes est une azalée comme celle du fleuriste.

La vraie définition botanique

Pourquoi un article sur le rhododendron ? Parce que, pour beaucoup de jardiniers, il y a d’un côté les rhododendrons, grands arbustes aux grosses fleurs des parcs, et de l’autre les azalées, plus petites, en pot chez le fleuriste ou en massif. L’Académie française entretient cette idée : elle fait de l’azalée un « genre d’éricacées, d’origine exotique », distinct du rhododendron.

Toutes les azalées de nos jardins sont des rhododendrons. Et la seule « azalée » qui pousse à l’état sauvage en France n’en est pas un.

Un seul genre, un millier d’espèces.

Le genre Rhododendron, de la famille des Éricacées comme les bruyères, compte environ un millier d’espèces, dont plus de cinq cents en Chine, selon la Flora of China. Le genre Azalea que décrivait Linné n’existe plus : World Flora Online, le référentiel mondial des plantes, n’en fait plus qu’un ancien nom du genre Rhododendron. Le Larousse l’a d’ailleurs intégré : il définit l’azalée comme une « espèce de rhododendron ».

On distingue souvent les deux par les étamines : cinq chez l’azalée, dix chez le rhododendron, écrit le Larousse (voir Étamine). C’est un bon repère, mais pas une frontière : selon World Flora Online, les fleurs du genre en portent de cinq à dix, parfois davantage.

« Azalée » n’est pas une branche de l’arbre du vivant.

Il y a plus surprenant. En 2005, une équipe de botanistes a reconstitué, grâce à l’ADN, l’arbre de parenté des rhododendrons (Goetsch et ses collègues, Systematic Botany). Les « azalées » s’y retrouvent dispersées sur plusieurs branches. Dans la classification actuelle, l’azalée jaune est rangée dans le même sous-genre que le grand rhododendron des parcs, tandis que l’azalée en pot du fleuriste appartient à un autre. « Azalée » est un mot de jardinier, commode pour désigner des rhododendrons souvent plus petits et à feuilles souvent caduques, mais il ne correspond à aucune famille naturelle.

Trois photos côte à côte : une azalée rose de fleuriste, une azalée jaune aux longues étamines, et un rhododendron des parcs mauve aux grandes feuilles luisantes
Trois rhododendrons. À gauche, l’azalée des fleuristes ; au centre, l’azalée jaune ; à droite, le rhododendron des parcs. Le plus proche parent de l’azalée jaune, parmi les trois, n’est pas l’autre azalée mais le rhododendron. (Photos YvoBentele, CC BY-SA 4.0 ; Zeynel Cebeci, CC BY-SA 4.0 ; Katrin Schneider, CC BY-SA 4.0.)

La seule azalée sauvage de France n’en est pas une.

Dans les rochers et les pelouses de haute montagne pousse une petite plante rampante aux minuscules fleurs roses, que l’abbé Coste décrivait sous le nom d’Azalea procumbens, et que TAXREF, la référence nationale du Muséum, appelle encore « azalée naine ». Son histoire tient en trois noms. Linné l’avait mise parmi les azalées ; en 1813, le botaniste Desvaux en a fait un genre à part, Loiseleuria ; elle est aujourd’hui rangée dans le genre Kalmia, celui des « lauriers des montagnes » d’Amérique. Elle n’a jamais été un rhododendron. Elle est protégée en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Coussin de petites feuilles vert sombre et serrées, parsemé de quelques fleurs roses en étoile à cinq pétales
L’azalée naine (Kalmia procumbens), photographiée dans les Alpes suisses. La seule « azalée » sauvage de France est une Kalmia, pas un rhododendron. (Photo Robert Flogaus-Faust, CC BY 4.0.)

Les vrais rhododendrons de nos montagnes.

Deux rhododendrons sont indigènes en France. Le rhododendron ferrugineux (Rhododendron ferrugineum) pousse dans les Alpes, les Pyrénées et le Haut-Jura ; Coste décrit ses feuilles « entièrement couvertes de rouille ferrugineuse en dessous », d’où son nom. Le rhododendron cilié (Rhododendron hirsutum), bien plus rare, est protégé sur tout le territoire et classé « vulnérable » sur la liste rouge nationale.

Le premier porte aussi le nom de « laurier-rose des Alpes ». Ce n’est pas un laurier-rose, qui est d’une tout autre famille (voir Laurier). Mais l’histoire est plaisante : selon l’histoire du mot donnée par le Trésor de la langue française, « rhododendron », du grec « arbre à roses », a d’abord désigné en français, vers 1500, le laurier-rose lui-même, avant de passer à la plante des Alpes à la fin du XVIIIe siècle. Le mot se prononce « ro-do-din-dron ».

Le revers de la beauté.

Le rhododendron des parcs s’échappe des jardins. TAXREF le classe parmi les plantes « introduites envahissantes » en France, et le Conservatoire botanique national de Brest le compte parmi les 33 plantes invasives avérées de Bretagne (2024). Il est aussi toxique, comme beaucoup de ses cousins (voir l’encart).

Pour résumer :

  • Les azalées de nos jardins et de nos fleuristes sont des rhododendrons : le genre Azalea n’existe plus.
  • « Azalée » n’est pas un groupe naturel : l’azalée jaune est plus proche du rhododendron des parcs que de l’azalée en pot.
  • La seule « azalée » sauvage de France, l’azalée naine, est une Kalmia, pas un rhododendron.
  • Nos deux rhododendrons sauvages vivent en montagne ; celui des parcs, venu d’ailleurs, est devenu envahissant.

Pour aller plus loin : le « miel fou ».

Les rhododendrons fabriquent des substances toxiques, les grayanotoxines, présentes dans les feuilles, les rameaux et les fleurs, et jusque dans leur nectar. Le traité de pharmacognosie de Jean Bruneton (2016) explique que les abeilles qui butinent ces fleurs produisent, surtout en Asie Mineure, un miel qui provoque une chute de la tension et des troubles du rythme cardiaque. Une revue médicale de 2012 précise que ce « miel fou » vient surtout du rhododendron des parcs et de l’azalée jaune, dans l’est de la mer Noire, en Turquie, et que l’intoxication est rarement mortelle chez l’humain, contrairement à ce qu’on observe chez le bétail et les animaux domestiques (Jansen et ses collègues, Cardiovascular Toxicology).

On attribue à ce miel un épisode célèbre de l’Antiquité : dans l’Anabase, l’historien grec Xénophon raconte que ses soldats, après avoir mangé du miel, perdirent la raison. Le texte ne nomme pas la plante : l’identification au rhododendron est une interprétation venue bien plus tard.

À ne pas confondre

  • Rhododendron des parcsRhododendron ponticum

    Le grand arbuste à fleurs mauves des jardins. Introduit en France, il y est devenu envahissant

  • Azalée des fleuristesRhododendron simsii

    L’azalée en pot. Malgré son nom, un rhododendron

  • Azalée naineKalmia procumbens

    La seule « azalée » sauvage de France, en haute montagne. Elle n’a jamais été un rhododendron

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