Romarin

Ce que l’on croit souvent
Le romarin est une herbe aromatique à part, cousine de la sauge comme le sont le thym ou la lavande.
La vraie définition botanique
Pourquoi un article sur le romarin ? Parce que tout le monde le connaît : un arbrisseau du Midi aux feuilles en aiguilles, au parfum puissant, que l’on met dans les grillades et les herbes de Provence. Les dictionnaires actuels le décrivent tous ainsi. L’Académie française en fait un « arbuste aromatique de la famille des Labiées », et le Larousse un « arbuste (labiée) aromatique du littoral méditerranéen ». Aucun ne dit ce que les botanistes ont décidé il y a quelques années.
Le romarin est une sauge. Depuis 2017, il s’appelle Salvia rosmarinus, et il est du même genre que la sauge officinale de nos jardins.
Un genre à part, qui n’en était pas un.
Pendant plus de deux siècles et demi, le romarin a eu son propre genre, Rosmarinus, avec son nom de 1753 : Rosmarinus officinalis. Il appartenait, comme le thym, la lavande, la menthe et la sauge, à la famille des Lamiacées, qu’on appelait autrefois Labiées (voir Espèce).
Les analyses d’ADN ont bouleversé ce rangement. En 2017, une équipe de botanistes menée par Bryan Drew a montré que plusieurs petits genres, dont le romarin, étaient en réalité nichés à l’intérieur du grand genre des sauges, Salvia (Taxon, 2017). Pour que le classement reflète la parenté réelle, il fallait choisir : démanteler les sauges en une multitude de petits genres, ou faire entrer les intrus dans Salvia. Les auteurs ont choisi la seconde solution. Le romarin est devenu Salvia rosmarinus, et la « sauge de Russie » des jardins, qui était un Perovskia, est elle aussi devenue une Salvia.
Ce n’est pas une vue de l’esprit : les référentiels botaniques français ont suivi. TAXREF, la référence nationale du Muséum national d’histoire naturelle, et Tela Botanica retiennent désormais Salvia rosmarinus. TAXREF lui connaît même un nom français nouveau : « sauge romarin ».
Ce que la fleur disait déjà.
On pouvait s’en douter en regardant la fleur de près. La flore de l’abbé Coste, au début du XXe siècle, décrit le romarin avec seulement « 2 étamines », à « anthères […] à 1 loge » (voir Étamine). C’est exactement ce qu’elle dit des sauges : « 2 étamines », dont chacune ne porte qu’« une loge de l’anthère ». Le thym, la lavande, la menthe ou le lamier, eux, en ont quatre, selon la même flore.

La « rosée de mer ».
Le nom vient du latin rosmarinus, littéralement « rosée de mer », comme l’indiquent le Larousse et l’histoire du mot. Aucune source sûre n’explique pourquoi les Latins l’ont appelé ainsi ; on sait seulement qu’il aime les lieux secs et arides du Midi, « surtout au voisinage du littoral », écrit Coste. La Flore de la France méditerranéenne continentale (2014) le décrit comme un « arbrisseau ou arbuste dense […], très odorant » (voir Arbuste). Le changement de 2017 a gardé ce nom : la sauge s’appelle désormais rosmarinus, la sauge « rosée de mer ».

Pourquoi les étiquettes disent encore Rosmarinus.
Les flacons d’huile essentielle et les ouvrages de pharmacie portent souvent l’ancien nom, Rosmarinus officinalis. La 5e édition du traité de pharmacognosie de Jean Bruneton, parue en 2016, juste avant la décision, l’emploie encore. L’usage commercial suit toujours la botanique avec un temps de retard (voir Huile essentielle et Chémotype).
Pour résumer :
- Le romarin n’a plus de genre à lui : depuis 2017, c’est une sauge, Salvia rosmarinus.
- La raison : l’ADN a montré qu’il était niché à l’intérieur du genre des sauges.
- Sa fleur le trahissait déjà : deux étamines, comme les sauges, quand le thym, la lavande ou la menthe en ont quatre.
- Les référentiels français l’ont adopté ; les dictionnaires et les étiquettes, pas encore.
Pour aller plus loin : la sauge et le romarin se détestent-ils ?
Une idée court chez les jardiniers : il ne faudrait pas planter le romarin près de la sauge, qui le ferait dépérir. Des sites de jardinage conseillent de les écarter « d’au moins 2 mètres » ; d’autres recommandent au contraire de les associer. Aucune étude ne l’a vérifié au jardin. Il existe bien des plantes qui gênent leurs voisines par les substances qu’elles libèrent, c’est l’allélopathie, et des extraits concentrés de romarin ou de sauge freinent en laboratoire la germination de certaines graines. Mais personne n’a montré qu’un pied de sauge fasse mourir un romarin en pleine terre.
La cause la plus fréquente de la mort d’un romarin est ailleurs. La Société royale d’horticulture britannique la résume ainsi : le romarin a besoin d’une terre qui s’égoutte bien, et il « déteste avoir les racines mouillées, surtout en hiver ». Dans une terre froide et détrempée, ses racines pourrissent. La sauge officinale, elle, s’accommode d’un sol plus ordinaire. Deux sauges, mais pas les mêmes exigences.
À ne pas confondre
- RomarinSalvia rosmarinus
Son nom actuel. Un arbrisseau ou arbuste méditerranéen, indigène en France, rangé depuis 2017 dans le genre des sauges
- Sauge officinaleSalvia officinalis
La sauge du jardin. Désormais du même genre que le romarin
- ThymThymus vulgaris
De la même famille, les Lamiacées, mais d’un autre genre. Lui reste à part
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