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Ne plus se planter
R
Plante

Ronce

Mûres de ronce à tous les stades, vertes, rouges puis noires, dans l’Aveyron. Derrière ce seul mot de « ronce » se cachent des centaines d’espèces. (Photo Tournasol7, CC BY 4.0.)
Mûres de ronce à tous les stades, vertes, rouges puis noires, dans l’Aveyron. Derrière ce seul mot de « ronce » se cachent des centaines d’espèces. (Photo Tournasol7, CC BY 4.0.)

Ce que l’on croit souvent

La ronce est une plante, piquante et envahissante, dont le fruit est une petite mûre sauvage, cousine de celle du mûrier.

La vraie définition botanique

Pourquoi un article sur la ronce ? Parce que tout le monde croit la connaître : une plante qui pique, qui envahit les friches et les haies, et qui donne à la fin de l’été des mûres qu’on cueille en se griffant. Les dictionnaires en parlent comme d’une plante bien identifiée, aux « baies » comestibles.

Il n’y a pas une ronce, mais des centaines. Et la plupart font des graines sans fécondation, de véritables clones.

Des centaines d’espèces sous un seul nom.

Les ronces forment le genre Rubus, de la famille des Rosacées, celle du rosier et du fraisier. Combien d’espèces en France ? Le spécialiste David Mercier, du Conservatoire botanique national de Brest, l’a estimé en 2012 : « au moins un demi millier », entre 500 et 700, dont 200 à 300 dans le seul Massif armoricain. C’est une estimation, pas un inventaire : en 2010, deux botanistes de Franche-Comté rappelaient que l’étude des ronces avait été « quasiment abandonnée depuis un siècle » en France. La science qui leur est consacrée porte même un nom à part, la batologie, et la plupart de ces espèces n’ont pas de nom français.

Les flores, d’ailleurs, renoncent. Dans la Flora Gallica, la flore de référence de la France, la clé des ronces est, selon Tela Botanica, « volontairement très réduite » : quelques espèces, et surtout deux grands agrégats, qui regroupent l’un de 100 à 200 espèces, l’autre de 400 à 500. Un agrégat, selon le Dictionnaire illustré de botanique d’Alain Jouy et Bruno de Foucault, est une « unité taxonomique intermédiaire utilisée dans les genres à classification délicate ». La « ronce commune », Rubus fruticosus, est un de ces noms commodes, qui en cache bien d’autres (voir Espèce).

Des graines clonées.

Pourquoi tant d’espèces ? Parce que la plupart des ronces font des graines d’une façon très particulière, que Mercier décrit ainsi : l’embryon de la graine est « génétiquement identique » à la plante mère, sans que le pollen y ait contribué. C’est l’apomixie. Pourtant, la fleur doit quand même recevoir du pollen, qui ne sert qu’à former les réserves nourricières de la graine ; sans lui, pas de fruit. D’où le nom de pseudogamie, « fausse reproduction sexuée ». Selon les travaux cités par Mercier, plus de 80 % des graines de ronces sont ainsi produites.

Il suffit qu’un croisement réussisse pour qu’une nouvelle lignée apparaisse, qui se recopie ensuite à l’identique de graine en graine. Selon Mercier, il s’en crée ainsi des centaines chaque année en Europe. Les batologues ont dû se fixer une règle pour ne pas en décrire à l’infini : une forme n’est retenue comme espèce que si elle occupe une aire d’au moins 50 kilomètres. Seules quelques ronces de France se reproduisent de façon ordinaire, dont le framboisier.

Rameau de ronce en fleur contre une palissade de bois : fleurs à cinq pétales blancs ou rosés, boutons et feuilles dentées
Des fleurs de ronce. Chacune deviendra une mûre, mais chez la plupart des ronces, le pollen ne sert qu’à nourrir la graine, pas à la féconder. (Photo MargaretAndArmand, domaine public.)

Une tige ne vit que deux ans.

La ronce passe pour increvable. Pourtant chacune de ses tiges ne vit que deux ans. La première année, la tige s’allonge sans fleurir ; les spécialistes l’appellent « primocanne ». À l’automne, sa pointe se courbe jusqu’au sol et s’y enracine. La deuxième année, elle fleurit, fructifie, puis meurt, « laissant une nouvelle plante vivante et vigoureuse et bien enracinée à son extrémité », écrit Mercier. C’est le marcottage naturel, que cite le Larousse : le roncier avance ainsi, pointe après pointe. La tige s’agrippe en chemin à l’aide de ses « épines », qui sont en réalité des aiguillons, comme l’écrit l’Académie française elle-même (voir Aiguillon et Liane).

Mûre ou mûre ?

L’Académie et le Larousse définissent d’abord la mûre comme le fruit du mûrier, et celle de la ronce comme une « mûre sauvage », appelée ainsi « par analogie ». Ce sont pourtant deux fruits qui n’ont rien en commun que l’apparence, et le Dictionnaire illustré de botanique leur donne deux noms distincts.

La mûre de la ronce est un « fruit multiple ». Elle vient d’une seule fleur, qui porte de nombreux petits pistils ; chacun devient une minuscule drupe, avec son petit noyau (voir Drupe et Framboise). La mûre du mûrier est un « fruit complexe » : elle vient de tout un épi de fleurs serrées, dont chacune a donné un grain entouré de son enveloppe devenue charnue, comme le décrit la flore de Coste. Le mûrier appartient d’ailleurs à une autre famille, les Moracées, celle du figuier. Dans un cas, une fleur ; dans l’autre, un bouquet de fleurs. Et ni l’une ni l’autre n’est une baie.

Deux photos côte à côte : à gauche une mûre de ronce noire et brillante, faite de petits grains ronds ; à droite deux mûres de mûrier allongées, l’une rouge, l’autre noire, sur une feuille
À gauche, une mûre de ronce : une seule fleur, beaucoup de petits fruits soudés. À droite, des mûres de mûrier : un épi de fleurs entier, devenu fruit. (Photos Tournasol7, CC BY 4.0 ; DS28, CC BY-SA 4.0.)

Pour résumer :

  • « La ronce » n’est pas une espèce : on en estime 500 à 700 en France, regroupées par les flores en grands agrégats.
  • La plupart font des graines clonées : le pollen est nécessaire, mais il ne transmet rien.
  • Chaque tige vit deux ans, et s’enracine par la pointe avant de mourir.
  • La mûre de la ronce vient d’une fleur ; celle du mûrier, de tout un épi de fleurs.

Pour aller plus loin : le roncier protège-t-il les jeunes arbres ?

On le dit volontiers : en empêchant chevreuils et cerfs d’approcher, le roncier serait la pépinière de la forêt. En 2010, deux botanistes de Franche-Comté jugeaient ce rôle « sans doute sous-estimé ». Les mesures sont plus nuancées. Une thèse suédoise de 2011 a observé que les ronces ne réduisaient pas les dégâts sur les jeunes chênes, les animaux semblant plutôt les brouter à la place. Une autre étude, publiée en 2010 dans la revue Forestry, a vu les dégâts diminuer, mais en lien surtout avec la taille des jeunes arbres. Et en Suisse, dans des enclos à l’abri des chevreuils, le couvert dense des ronces a contribué à une forte mortalité des jeunes chênes, privés de lumière. Protectrice parfois, rivale souvent : la ronce n’est la mère de la forêt que sous conditions.

À ne pas confondre

  • Ronce communeRubus fruticosus

    Le nom que tout le monde emploie. Pour les botanistes, il recouvre des centaines d’espèces difficiles à distinguer

  • FramboisierRubus idaeus

    Une ronce, lui aussi, mais l’une des rares qui se reproduisent de façon ordinaire (voir Framboise)

  • Mûrier noirMorus nigra

    L’arbre de l’« autre » mûre. Une famille différente, et un fruit construit tout autrement

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