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Ne plus se planter
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Plante

Roseau

Les plumeaux du roseau commun contre le ciel d’automne. Le vrai roseau est une graminée, cousine du blé et du bambou. (Photo AnRo0002, domaine public.)
Les plumeaux du roseau commun contre le ciel d’automne. Le vrai roseau est une graminée, cousine du blé et du bambou. (Photo AnRo0002, domaine public.)

Ce que l’on croit souvent

Le roseau est une plante : la grande herbe mince qui plie au vent au bord de l’eau.

La vraie définition botanique

Pourquoi un article sur le roseau ? Parce que le mot sert à tout. Au bord d’un étang, on appelle roseau à peu près tout ce qui est grand, mince et plie au vent. Les dictionnaires eux-mêmes ne désignent pas la même plante.

« Roseau » n’est pas le nom d’une plante, mais un nom commun que se partagent des plantes de familles différentes. Celle que les botanistes appellent « roseau commun » est une graminée, Phragmites australis.

Trois dictionnaires, trois plantes.

Le Larousse fait du roseau le « nom usuel commun à de nombreuses plantes […] du bord des eaux calmes ». L’Académie française va plus loin : selon elle, « les deux espèces de roseau les plus répandues sont le roseau commun […] et le roseau à quenouilles ou “massette” ». Quant au Trésor de la langue française, achevé en 1994, il appelait « roseau à quenouille » une troisième plante, la canne de Provence. Trois dictionnaires, trois plantes sous un même nom.

Les botanistes ne disent pas autre chose. Le Dictionnaire illustré de botanique d’Alain Jouy et Bruno de Foucault définit les roseaux comme les « noms communs d’espèces des genres Phragmites, Typha et de Phalaris arundinacea » : trois plantes, de deux familles différentes. Et il en cite d’autres encore, qui portent ce nom accompagné d’un complément : le roseau aromatique, qui est l’acore (Acorus calamus), le roseau de Provence, qui est la canne de Provence (Arundo donax), le roseau des sables, qui est l’oyat des dunes (Ammophila arenaria), le roseau-à-sucre, qui est la canne à sucre, ou encore le roseau-de-la-passion, qui selon le botaniste Baillon était la massette (Typha latifolia).

Le vrai roseau : une graminée.

Le roseau commun, Phragmites australis, appartient à la famille des Poacées, les graminées, celle du blé et du maïs (voir Herbe). La flore de l’abbé Coste le décrit comme une plante vivace de 1 à 4 mètres, aux tiges « non ligneuses […] fragiles », terminées par un grand plumeau « d’un brun violacé ou roussâtre ». Il s’étend par de longues tiges souterraines, des rhizomes, qui lui permettent de former de vastes roselières (voir Rhizome). Il pousse dans les marais et au bord des eaux de toute la France, et presque partout sur le globe.

Ce vrai roseau nous rend des services. Les toits de chaume de Brière sont aujourd’hui surtout couverts de roseau venu « majoritairement de Camargue », selon l’inventaire du patrimoine culturel immatériel du ministère de la Culture (voir Paille). Et c’est lui qu’on plante dans les stations d’épuration « à filtres plantés de roseaux » : le groupe de travail national Epnac, avec l’INRAE, le recommande sur plus de 5 000 stations en France, où ses tiges et ses rhizomes empêchent les filtres de se boucher.

Maison basse en pierre grise coiffée d’un épais toit de chaume brun, au bord d’une rue mouillée
Une chaumière de Brière. Le chaume des toits y est aujourd’hui surtout du roseau commun. (Photo Gérard Janot, CC BY-SA 3.0.)

La canne de Provence, une géante venue d’ailleurs.

Coste appelait la canne de Provence (Arundo donax) « le géant des graminées d’Europe ». Elle peut atteindre 5 à 6 mètres, et ses tiges, contrairement à celles du roseau commun, sont « ligneuses, très épaisses, plus grosses que le doigt, non fragiles ». On en fait les canisses, et surtout les anches des clarinettes, des saxophones et des hautbois : une étude parue en 1999 dans le Journal of Wood Science constatait qu’aucun autre matériau ne l’égalait pour cet usage.

Malgré son nom, elle n’est pas provençale. La fiche que lui consacrent l’Office français de la biodiversité et le comité français de l’UICN (2017) la dit « originaire d’Asie », introduite « probablement à l’époque romaine ». Elle se propage uniquement par morceaux de tige ou de rhizome, et le Conservatoire botanique national méditerranéen la classe sur sa « liste noire » des plantes envahissantes, avec un risque « fort ».

Grande touffe de cannes de Provence aux tiges hautes et feuillues, surmontées de panaches clairs, devant un ciel bleu
La canne de Provence, ici en Crète. Plus haute et plus robuste que le roseau commun, elle est aussi d’une autre espèce et d’un autre genre. (Photo H. Zell, CC BY-SA 3.0.)

Des « roseaux » de familles différentes.

La massette, avec son épi brun en forme de cigare, porte donc elle aussi le nom de roseau, mais elle appartient à une autre famille, les Typhacées ; le jonc, qu’on prend souvent pour un roseau, à une troisième, les Joncacées. Coste donne de quoi les reconnaître : le roseau porte un plumeau, la massette deux épis l’un au-dessus de l’autre sur une tige sans nœuds, le jonc une touffe de fleurs sur le côté de sa tige. Le bambou, lui, est une graminée : il est donc bien plus proche parent du roseau que la massette qui pousse à ses pieds (voir Bambou).

Berge en hiver couverte de hautes herbes sèches : des roseaux à plumeaux et quelques massettes reconnaissables à leur épi brun en cigare
Sur la même berge, des roseaux à plumeaux et des massettes à épis bruns. Voisins, mais de familles différentes. (Photo Alan Murray-Rust, CC BY-SA 2.0.)

Pour résumer :

  • « Roseau » est un nom commun partagé par plusieurs plantes de familles différentes, même pour les botanistes.
  • Le vrai roseau est une graminée, Phragmites australis : celle des toits de chaume et des stations d’épuration.
  • La canne de Provence est une autre graminée, venue d’Asie et devenue envahissante.
  • La massette, appelée roseau elle aussi, est d’une autre famille ; le bambou, lui, est un proche cousin du roseau commun.

Pour aller plus loin : le roseau en littérature.

Le roseau est d’abord un symbole, attesté dès le XIIIe siècle selon l’histoire du mot : celui de la faiblesse. Pascal en a fait l’image de l’homme dans ses Pensées : « L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature, mais c’est un roseau pensant. » La Fontaine, dans Le Chêne et le Roseau (1668), lui fait répondre au chêne qui le plaint : « Je plie, et ne romps pas. » Le fabuliste s’offre au passage une liberté que la botanique ne lui accorderait pas : pour introduire cette réplique, il appelle le roseau « l’arbuste » (voir Arbuste). Ni Pascal ni La Fontaine ne disent de quelle plante il s’agit : leur roseau est celui du langage, qui plie au vent au bord de l’eau.

À ne pas confondre

  • Roseau communPhragmites australis

    Le vrai roseau. Une graminée des marais, à grand plumeau brun

  • Canne de ProvenceArundo donax

    Une graminée géante, venue d’Asie, dont on fait les anches de clarinette

  • MassetteTypha latifolia

    La plante au « cigare » brun. Appelée roseau elle aussi, mais d’une tout autre famille

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