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Ne plus se planter
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Notion

Monocotylédone

Un iris (Iris orientalis) au jardin : la feuille en glaive, à gauche, porte des nervures parallèles d’un bout à l’autre du limbe ; et la fleur compte ses pièces par trois. Deux marques des monocotylédones. (Photo Manuel Ferreira.)
Un iris (Iris orientalis) au jardin : la feuille en glaive, à gauche, porte des nervures parallèles d’un bout à l’autre du limbe ; et la fleur compte ses pièces par trois. Deux marques des monocotylédones. (Photo Manuel Ferreira.)

Ce que l’on croit souvent

Les plantes à fleurs se partagent en deux moitiés, les monocotylédones et les dicotylédones - les premières étant les plus simples, et venues les premières.

La vraie définition botanique

Pourquoi un article sur un mot que personne n’emploie au marché ? Parce que nous l’avons tous appris, et qu’il nous en reste deux idées fausses.

La première est que les plantes à fleurs se diviseraient en deux. La seconde, que les monocotylédones seraient les plus primitives, et d’une certaine façon les ancêtres des autres.

Le partage n’est pas symétrique.

Les monocotylédones forment un groupe véritable : une branche unique, dont tous les membres descendent d’un même ancêtre et dont aucun descendant n’a été laissé dehors. Les botanistes appellent cela un groupe monophylétique.

Les « dicotylédones », non. Ce mot ne nomme aucune branche : il désigne tout le reste, c’est-à-dire les plantes à fleurs qui ne sont pas des monocotylédones. Un groupe défini par ce qui lui manque, et non par ce qu’il possède en propre. On dit qu’il est paraphylétique.

Le dictionnaire a déjà croisé des groupes de cette sorte sans les nommer ainsi. Les gymnospermes sont le cas exact : « les plantes à graines qui n’ont pas de fleur » (voir Ginkgo). Les algues relèvent d’un défaut voisin mais plus grave, car le mot rassemble des organismes sans aucun lien de parenté, jusqu’à des bactéries (voir Algue).

Les deux erreurs ne sont pas de même nature, et il vaut la peine de les distinguer. « Dicotylédone » découpe mal une seule branche - le groupe est dit paraphylétique. « Algue » en réunit plusieurs qui n’ont rien à voir - le groupe est dit polyphylétique. Deux façons de fabriquer un groupe qui n’existe pas.

La preuve tient dans un grain de pollen.

Le caractère qui sépare réellement les grands groupes n’est pas le nombre de cotylédons mais le nombre d’ouvertures du grain de pollen. Les monocotylédones ont un pollen à une seule ouverture. Or les magnoliidées - dont le magnolia, qui a bel et bien deux cotylédons (voir Magnolia) - ont elles aussi un pollen à une ouverture, quand les eudicotylédones, le gros des plantes à deux cotylédons, en ont trois.

Autrement dit : sur ce caractère, le magnolia est du côté du blé, et non du côté du chêne. Le mot « dicotylédone » enjambe l’arbre au lieu de nommer une branche.

Et elles ne sont les ancêtres de personne.

C’est la seconde idée fausse, et elle est plus tenace. Les monocotylédones ne sont pas une étape antérieure sur la route des autres : les deux lignées se sont séparées, et courent depuis lors exactement le même temps. L’une n’a pas engendré l’autre.

Ce qui se date, ici comme ailleurs, ce ne sont pas les plantes mais les caractères. Un cotylédon unique est un caractère apparu à un moment ; il ne place personne sur un escalier.

Le malentendu vaut plus largement, et un dessin suffit à le dissiper. Sur les figures qui représentent la succession des grands groupes végétaux, algues, fougères, gymnospermes et plantes à fleurs apparaissent bien l’une après l’autre - mais les quatre montent jusqu’en haut du dessin, c’est-à-dire jusqu’à aujourd’hui. Aucune n’a remplacé la précédente. La succession est celle des apparitions, pas celle des règnes.

Comment les reconnaître.

  • Les nervures des feuilles sont presque toujours parallèles, courant d’un bout à l’autre du limbe sans former de réseau. Presque : l’arum fait exception, avec des nervures pennées (voir Arum).
  • Les pièces florales vont par trois ou par multiples de trois - regardez une fleur de lis, de tulipe, d’iris.
  • À la germination, la plantule ne lève qu’une seule feuille, d’où le nom.

Ce ne sont pas, enfin, des plantes modestes.

C’est peut-être le plus surprenant. Les Orchidacées sont une famille de monocotylédones - la plus vaste du groupe, et l’une des deux plus grandes de toutes les plantes à fleurs, avec les Astéracées, le rang exact variant selon les décomptes. Et l’essentiel de ce que mange l’humanité en vient : le blé, le riz, le maïs, l’orge, la canne à sucre, le bananier, le palmier, le millet (voir Millet). Les graminées à elles seules nourrissent la planète.

Il leur manque pourtant une chose, et elle se voit : presque aucune ne fait de bois. Sans cambium ordinaire, pas d’épaississement année après année, donc pas d’arbre au sens strict : le palmier dresse un stipe (voir Datte) et le bambou un chaume (voir Herbe), qui sortent de terre à leur diamètre définitif.

Presque aucune : le dragonnier, le yucca et l’agave épaississent bel et bien leur tronc, au moyen d’un cambium d’un autre type, apparu ailleurs et autrement. L’exception ne défait pas la règle - elle rappelle seulement qu’une règle de botanique se dit rarement sans « presque ».


Pour aller plus loin : ce que veulent dire « archaïque » et « évolué ».

Les arbres phylogénétiques qu’on trouve dans les manuels français portent souvent, sur leurs branches, les étiquettes « archaïques » et « évoluées ». Elles ont un sens précis, et ce n’est pas celui qu’on leur prête.

Un groupe dit « archaïque » n’est pas un groupe ancien, encore moins un groupe attardé : c’est un groupe qui a conservé des caractères anciens. Un groupe dit « évolué » est un groupe dont les caractères se sont beaucoup transformés. Les deux vivent aujourd’hui, et leurs lignées ont exactement le même âge.

La confusion est facile, parce que le mot « évolué » charrie en français une idée de progrès qui n’a rien à faire ici. Une orchidée, dont la fleur est l’une des plus transformées du règne végétal, est « évoluée » en ce sens - et une monocotylédone. Cela ne la rend ni supérieure ni postérieure à un chêne.

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