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Ne plus se planter
P
Notion

Paille

Balles rondes de paille sur un champ moissonné, à Hokkaido. Au sol, les bouts de tiges restés debout après la moisson : c’est le chaume. La paille, ce sont les mêmes tiges, coupées plus haut. (Photo Tzuhsun Hsu, CC BY-SA 2.0.)
Balles rondes de paille sur un champ moissonné, à Hokkaido. Au sol, les bouts de tiges restés debout après la moisson : c’est le chaume. La paille, ce sont les mêmes tiges, coupées plus haut. (Photo Tzuhsun Hsu, CC BY-SA 2.0.)

Ce que l’on croit souvent

Paille et foin, c’est la même chose : des herbes sèches qu’on donne aux animaux.

La vraie définition botanique

Pourquoi un article sur la paille ? Parce que la balle ronde dorée qui attend au bord d’un champ, on l’appelle volontiers « botte de foin », et que l’on croit donner de la paille à manger aux lapins et aux chevaux.

La paille et le foin ne viennent pas des mêmes plantes, ne sont pas récoltés au même moment, et ne servent pas à la même chose.

La paille, c’est ce qui reste des céréales.

Le Trésor de la langue française la définit comme l’« ensemble de tiges de céréales coupées et dépouillées de leur grain ». On moissonne le blé, l’orge ou l’avoine quand ils sont mûrs et secs ; la machine garde le grain et rejette les tiges, que l’on ramasse ensuite en balles. La paille est donc un reste : des tiges lignifiées, creuses, cloisonnées à chaque nœud, exactement comme une tige de bambou, son lointain cousin (voir Bambou).

Le foin, c’est de l’herbe de prairie séchée.

Le foin, lui, est l’« herbe des prairies fauchée et séchée pour nourrir les animaux ». Ce ne sont pas des céréales mais des herbes de prairie : des graminées, et souvent des légumineuses comme la luzerne, le sainfoin ou les trèfles. Surtout, on le fauche encore vert : les conseillers agricoles recommandent de couper les graminées au tout début de l’épiaison, quand l’épi commence à sortir, puis de laisser sécher l’herbe au champ avant de la presser.

Meule de foin traditionnelle en forme de dôme pointu, faite de brins d’herbe fins et souples, sur une pelouse devant un mur de pierre
Une meule de foin à l’ancienne, au monastère de Putna, en Roumanie : des brins fins et souples, des herbes de prairie fauchées puis séchées. Rien à voir avec les tiges raides et creuses de la paille. (Photo Alexander Klink, CC BY 4.0.)

L’une se mange, l’autre se couche dessus.

La différence se lit dans la mangeoire. D’après les références de l’INRA reprises par Arvalis, l’institut technique des céréales, un kilo de foin de prairie apporte environ 0,72 unité d’énergie aux vaches, contre 0,42 pour la paille de blé, et à peu près trois fois plus de protéines. Arvalis juge les pailles « nettement moins nutritifs qu’un foin de prairie ». La paille est un fourrage pauvre, peu digestible : on en donne parfois en appoint, mais elle sert d’abord de litière. Le foin, lui, est fait pour nourrir le bétail.

Chaume, balle, son : les cousins de la paille.

Trois autres mots tournent autour des céréales, et l’on s’y perd volontiers.

  • Le chaume est d’abord la tige elle-même des graminées, creuse et noueuse. C’est aussi la partie de cette tige qui reste debout dans le champ après la moisson, et, par extension, le champ moissonné lui-même. Et c’est enfin la paille qui couvre les toits.
  • La balle est la fine enveloppe qui entoure chaque grain dans l’épi. Elle se détache au battage et s’envolait autrefois au vannage (voir Épeautre).
  • Le son vient plus tard, au moulin : ce sont les enveloppes du grain lui-même, séparées de la farine à la mouture. Le mot viendrait du latin secundus, « second », parce que le son sortait d’un second tamisage.

La paille elle-même a une histoire de glissement. Le latin palea désignait d’abord la balle et la menue paille ; et le premier sens du mot « paille » en français, au début du XIIe siècle, est encore la balle des céréales. Ce n’est qu’ensuite qu’il a désigné la tige entière.

Et le toit de chaume ?

On le croit de paille, et il l’a longtemps été : seigle, blé, mais aussi jonc, genêt ou bruyère. Aujourd’hui, selon l’inventaire du patrimoine culturel immatériel du ministère de la Culture, les chaumiers travaillent surtout le roseau, qui vient en majorité de Camargue. La Brière compte encore plus de 2 200 toits de chaume. Quant à la paille de seigle réservée aux toitures, on la coupait avant même la formation du grain, au moment où la fleur tombe : une paille qui n’avait jamais porté d’épi mûr.

La paille a trouvé un autre emploi dans le bâtiment : bottes serrées en murs isolants, elle a ses règles professionnelles de construction, reconnues depuis 2012.

Pour résumer :

  • La paille est faite des tiges mûres et sèches des céréales, une fois le grain retiré.
  • Le foin est de l’herbe de prairie fauchée encore verte, puis séchée.
  • Le foin nourrit le bétail ; la paille, pauvre, sert surtout de litière.
  • Chaume, balle et son désignent la tige, l’enveloppe du grain dans l’épi, et l’enveloppe séparée de la farine au moulin.

Pour aller plus loin : la paille et le foin dans la langue.

« Être sur la paille », c’est être dans la misère : la couche de paille, lit des plus pauvres, en est le symbole dès le XIIIe siècle, chez Rutebeuf. « Tirer à la courte paille », c’est tirer au sort avec des brins de longueurs différentes ; le perdant tire le plus court. Froissart, à la fin du XIVe siècle, connaissait déjà l’usage inverse, « traire à la plus longue paille ». Et chercher « une aiguille dans une botte de foin » se disait déjà au XVIIe siècle, sous la plume de Madame de Sévigné.

Le foin, lui, a changé de forme à cause de la faim. Le latin fenum avait donné en ancien français fein ; la forme foin, venue de l’Est, l’a emporté, notamment, disent les lexicographes, pour ne pas le confondre avec la faim.

À ne pas confondre

  • Blé tendreTriticum aestivum

    Une céréale. Une fois le grain récolté, ses tiges sèches deviennent la paille

  • Luzerne cultivéeMedicago sativa

    Une légumineuse fourragère. Fauchée encore verte, en boutons, puis séchée, elle donne du foin

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