Caoutchouc

Ce que l’on croit souvent
Le caoutchouc, c’est cette « plante verte » d’appartement - ou la matière élastique des pneus.
La vraie définition botanique
Dans nos jardineries, le caoutchouc appartient à cette catégorie commode et un peu vague : les « plantes vertes ».
Le Petit Robert lui-même en donne cette définition : « Plante arbustive du genre ficus, aux larges feuilles épaisses et brillantes » - juste avant l’autre sens du mot, la « substance élastique imperméable provenant du latex de certains arbres » (édition 2013, p. 344).
Une plante arbustive ? C’est un arbre.
Le caoutchouc, ou figuier à caoutchouc, se nomme Ficus elastica et atteint 30 à 40 mètres de hauteur dans son habitat d’origine, en Asie du Sud et du Sud-Est. Bien plus qu’une plante arbustive, bien plus qu’un arbuste (voir Arbre, Arbuste) : un véritable arbre, et un cousin de notre figuier commun (Ficus carica).
Et pourquoi « plante verte » ?
La formule ne dit rien de botanique ; elle dit un usage. On lit chez les décorateurs qu’« une petite fougère dans une chambre, un ficus sur le plan de travail, un majestueux yucca dans le salon » sont « des éléments essentiels d’une décoration chaleureuse ». Des objets, donc. Or ce sont des êtres vivants - et, chez eux, des arbres : un Ficus dépasse de très loin le yucca du salon.
Le mot ne tient pas debout non plus. Parle-t-on de « plante verte » pour un rosier, un cerisier, un althéa ? Faudrait-il croire que ces plantes-là ne fleurissent pas ? Les Ficus fleurissent, Ficus elastica comme les autres : ses inflorescences sont de petites urnes ovoïdes d’un jaune verdâtre, les sycones, qui apparaissent par paires à l’aisselle des feuilles des arbres adultes.
Reste le second sens du mot, la matière. Là encore le nom trompe : le caoutchouc de nos pneus ne vient pas de lui.

Bref, le caoutchouc ne se résume ni à un arbuste de jardinerie, ni à la substance élastique qui porte son nom. C’est un figuier tropical de trente mètres, que nous gardons en pot.
Pour aller plus loin.
Le nom d’espèce, elastica, n’est pas une fantaisie : le latex du Ficus elastica a bel et bien servi à faire du caoutchouc, l’Inde l’exploitant dès les années 1860 - avant que l’hévéa ne s’impose, son latex coulant plus tôt et donnant une matière de meilleure qualité. Curiosité : les deux arbres n’ont pas de parenté proche, Moracées pour le figuier (la famille du mûrier), Euphorbiacées pour l’hévéa. Deux lignées éloignées ont inventé séparément le même lait blanc de défense (voir Chimie).
Un dernier mot sur l’hévéa, car il porte l’une des plus belles histoires de la botanique - et l’une des plus mal racontées.
À la fin du XIXe siècle, le Brésil détient un monopole de fait sur le caoutchouc. L’hévéa ne pousse qu’en Amazonie, le latex s’y récolte à même la forêt, et la fortune qui en découle bâtit des villes en plein bassin amazonien.
En 1876, un Anglais nommé Henry Wickham rassemble près de 70 000 graines d’hévéa dans la région de Santarém et les expédie aux jardins botaniques de Kew, à Londres. Moins de trois mille germeront - mais c’est assez. Les plants partent à Ceylan et à Singapour, et en une génération l’Asie du Sud-Est produit l’essentiel du caoutchouc mondial. Le monopole amazonien s’effondre.
On raconte cela comme un vol spectaculaire. C’est là que l’histoire devient intéressante.
La loi brésilienne de l’époque n’interdisait pas l’exportation de ces graines. Wickham avait l’autorisation des exploitants chez qui il les a récoltées. Et comme l’a fait observer l’historien Warren Dean, on n’assemble pas soixante-dix mille graines en plein jour, avec de la main-d’œuvre locale, sans que personne ne le remarque.
Le récit du contrebandier audacieux, c’est Wickham lui-même qui l’a construit, plus tard, pour se grandir - allant jusqu’à se présenter comme un pirate de la nature. La légende a si bien pris qu’elle a survécu à son auteur.
La comparaison éclaire tout. Un siècle plus tôt, Pierre Poivre avait bel et bien dû voler ses plants de giroflier, aux Moluques, contre un monopole hollandais qui, lui, était réellement défendu (voir Clou de girofle). Deux histoires que l’on raconte de la même façon ; une seule est un vol.
Quant au sycone, il mérite un mot : ce n’est pas une fleur, mais une inflorescence retournée. Des centaines de minuscules fleurs tapissent l’intérieur d’une urne close, où de petites guêpes s’introduisent pour les féconder. La figue que nous mangeons est exactement cela : un bouquet de fleurs enfermé, devenu charnu (voir Fruit).
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