Magnolia

Ce que l’on croit souvent
Le magnolia est un arbre d’ornement, et ce qu’on admire chez lui, ce sont ses larges pétales blancs et charnus.
La vraie définition botanique
Pourquoi un article sur le magnolia ? Un arbre d’ornement, une fleur de parc et de jardin, que tout le monde reconnaît. Où serait l’erreur à corriger ?
Ici : ce que l’on admire chez lui n’est pas ce qu’on croit. Ce ne sont pas des pétales.
Une fleur qui n’a ni sépales ni pétales.
Une fleur ordinaire est bâtie en deux enveloppes emboîtées : au-dehors le calice, fait de sépales le plus souvent verts et protecteurs ; au-dedans la corolle, faite de pétales colorés. Les deux ensemble forment le périanthe (voir Fleur).
Chez le magnolia, cette séparation n’existe pas. Toutes les pièces se ressemblent : même blanc, même épaisseur, même consistance de cuir souple. Il n’y a pas ici deux enveloppes emboîtées, mais une seule, et rien n’y marque la limite où finirait le calice et où commencerait la corolle. Le périanthe est bien là ; c’est sa division en deux qui n’a pas eu lieu. Les botanistes appellent tépales ces pièces restées indifférenciées.

Le centre est plus étonnant encore.
Au milieu de la fleur se dresse un axe allongé. Il porte d’abord, en bas, un grand nombre d’étamines (voir Étamine). Puis, au-dessus, les carpelles (voir Carpelle) - non pas soudés en un pistil unique comme chez la plupart des fleurs, mais libres, nombreux, insérés en spirale les uns au-dessus des autres.
Et cet empilement en spirale a une forme que personne n’attend au cœur d’une fleur : celle d’un cône.
Le fruit la conserve, et c’est lui qu’on voit sur la photographie en tête de cet article. Chaque carpelle y est devenu un follicule, tous serrés en un cône hérissé des styles desséchés. À maturité, les follicules s’ouvrent et les graines rouges restent un moment suspendues au bout d’un fil.
Or le dictionnaire a déjà rencontré deux cônes trompeurs. La baie de genièvre, qui n’est pas une baie mais un cône à écailles soudées (voir Genièvre). Et le cône de houblon, qui n’est pas un cône du tout (voir Houblon). Le magnolia est le troisième cas, et le plus déroutant des trois : une plante à fleurs dont la partie fertile a la forme d’un cône de conifère sans en être un. La ressemblance ne dit rien d’une parenté - elle dit seulement que la nature dispose de peu de façons d’empiler des pièces autour d’un axe.
Pourquoi cette fleur est-elle bâtie ainsi ?
Parce qu’elle ne travaille pas avec des abeilles. Le magnolia est pollinisé par des coléoptères - la cantharophilie -, des insectes lourds qui entrent dans la fleur, s’y installent, mâchonnent et piétinent. D’où la coupe large et ouverte, comme un bol, et surtout des tépales épais et coriaces : ils ne sont pas faits pour séduire l’œil, ils sont faits pour encaisser.
On lit souvent que le magnolia serait « antérieur aux abeilles ». La formule est séduisante, et les dates ne permettent pas de la trancher. Ce qui est établi est plus mesuré, et suffit : chez les magnolias et leurs proches, la pollinisation par les coléoptères est tenue pour le mode ancestral, celui d’avant la grande alliance des fleurs et des abeilles.
Pour résumer :
- Ce que l’on prend pour des pétales sont des tépales : le périanthe n’est pas séparé en calice et corolle.
- Les carpelles sont libres et en spirale, et forment un cône - que le fruit conserve.
- Les tépales sont épais parce que la fleur reçoit des coléoptères, pas des abeilles.
Reste le nom, et il porte plus loin qu’on ne croit.
Le genre a été dédié par Linné à Pierre Magnol (1638-1715), botaniste montpelliérain. Or Magnol n’est pas n’importe qui : c’est lui qui, dans son Prodromus de 1689, publie le premier la notion de famille - l’idée de regrouper les plantes par un air de parenté plutôt que par l’usage qu’on en fait.
Et le genre qui porte son nom l’a rendu au centuple. Il a donné son nom à la famille des Magnoliacées, à l’ordre des Magnoliales, et, dans les classifications qui nommaient les grands groupes d’après un genre, à l’embranchement des plantes à fleurs tout entier : les Magnoliophytes.
Autrement dit : l’arbre du jardin a donné son nom à toutes les plantes à fleurs de la Terre - et il le doit à l’homme qui a inventé la famille.
Pour aller plus loin : un nom d’embranchement qu’on n’emploie plus.
« Magnoliophytes » appartient aux classifications à rangs, où chaque étage - embranchement, classe, ordre, famille - devait porter un nom formé sur celui d’un genre. Les classifications actuelles, issues des travaux de l’Angiosperm Phylogeny Group, ne procèdent plus ainsi (voir Espèce) : elles ne donnent plus de nom formel au-dessus de l’ordre, et parlent simplement des angiospermes, les plantes à fleurs.
Le mot n’a donc pas été démenti, il a été désaffecté : ce n’est plus la même façon de ranger. Le magnolia n’en garde pas moins sa position singulière. Il appartient aux magnoliidées, une des branches qui se sont séparées avant le grand partage entre les deux groupes qui fournissent presque toutes nos plantes cultivées.
Ce n’est pas pour autant une plante « primitive » : sa lignée a couru aussi longtemps que les autres. Elle s’est séparée avant que n’apparaissent plusieurs caractères plus récents - un périanthe séparé en calice et corolle, des carpelles soudés en un pistil unique - et elle a gardé ceux d’avant : des tépales, et des carpelles libres en spirale. Ce ne sont pas les plantes qu’il faut classer, ce sont les caractères qu’il faut dater.
À ne pas confondre
- Magnolia à grandes fleursMagnolia grandiflora
Le persistant des parcs, à feuilles vernissées et grandes fleurs blanches en été
- Magnolia de SoulangeMagnolia* × *soulangeana
L’hybride horticole, caduc, qui fleurit en rose avant de faire ses feuilles
- Tulipier de VirginieLiriodendron tulipifera
Même famille, et ses fleurs en forme de tulipe sont bâties sur le même plan
À voir aussi
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