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Ne plus se planter
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Plante

Narcisse et jonquille

La vraie jonquille (Narcissus jonquilla) : plusieurs fleurs sur une même tige, et des feuilles cylindriques comme des joncs, visibles à droite. C’est la feuille, non la fleur, que le nom décrit. (Photo Javier martin, CC BY-SA 3.0.)
La vraie jonquille (Narcissus jonquilla) : plusieurs fleurs sur une même tige, et des feuilles cylindriques comme des joncs, visibles à droite. C’est la feuille, non la fleur, que le nom décrit. (Photo Javier martin, CC BY-SA 3.0.)

Ce que l’on croit souvent

La jonquille, c’est la fleur jaune à trompette qu’on cueille au printemps dans les bois. Le narcisse, c’est la blanche.

La vraie définition botanique

Chaque printemps, la même hésitation devant un bouquet jaune : jonquille ou narcisse ? Et chaque printemps, la même réponse - « la jonquille est jaune, le narcisse est blanc ».

Elle est fausse deux fois.

Ce ne sont pas deux fleurs, mais un genre et une espèce.

« Narcisse » ne nomme pas une fleur : il nomme un genre tout entier, Narcissus, dans la famille des Amaryllidacées (voir Espèce). La jonquille est l’une de ses espèces. Autrement dit, toutes les jonquilles sont des narcisses, et la question inverse n’a pas de sens.

C’est le rapport du chien au caniche. Demander « est-ce un narcisse ou une jonquille ? », c’est demander si l’animal devant soi est un chien ou un caniche.

Quant à la couleur, elle ne décide de rien. Le narcisse des poètes (Narcissus poeticus) est blanc, soit ; mais le narcisse trompette des sous-bois est jaune, et c’est un narcisse.

Et le mot « jonquille » ne parle pas de la fleur.

Voici le renversement. Le mot vient de l’espagnol junquillo, « petit jonc ». Il ne décrit ni la couleur, ni la trompette, ni le parfum : il décrit une feuille.

La vraie jonquille, Narcissus jonquilla, a des feuilles cylindriques - étroites, rondes, exactement des joncs. Elle porte une à six fleurs sur une même tige, à trompette courte, et sent très fort. C’est une plante du Midi et de la péninsule Ibérique.

Ce que l’on cueille au printemps dans les bois du Nord et de l’Est est une autre espèce : le narcisse trompette, Narcissus pseudonarcissus. Feuilles plates, en rubans ; une seule fleur par tige, penchée, à longue trompette.

Le critère tient donc entre deux doigts, et il ne trompe pas : une feuille de jonquille roule, une feuille de narcisse trompette ne roule pas. Il n’y a pas besoin d’arracher la plante pour le vérifier.

Colonie de narcisses trompettes en fleur, une fleur jaune penchée par tige au-dessus de feuilles plates en rubans
Ce que l’on appelle « jonquille » : le narcisse trompette (Narcissus pseudonarcissus), une seule fleur penchée par tige, à longue trompette, sur des feuilles plates en rubans. Ni la fleur ni la feuille ne sont celles de la jonquille. (Photo AnRo0002, CC0.)

La fleur des bois n’est pourtant pas orpheline : elle a son nom, narcisse trompette, ou narcisse jaune. Le dictionnaire l’a déjà croisée, car le mot « coucou » la recouvre elle aussi, avec quatre autres plantes de quatre familles sans parenté (voir Coucou).

Se tromper de nom n’est pas grave. Se tromper de bulbe l’est.

Voici la raison sérieuse de savoir ce qu’est un narcisse.

Les Amaryllidacées ne sont pas une famille lointaine : c’est celle de l’oignon, de l’ail et de la ciboulette (voir Ail). Si le bulbe d’un narcisse ressemble à s’y méprendre à un oignon, ce n’est donc pas une coïncidence : ce sont des cousins, et ils rangent leurs réserves de la même façon (voir Bulbe).

Une précision, pour qui a appris autrement. L’ail et l’oignon ont longtemps eu leur famille à eux, les Alliacées. La classification APG III l’a supprimée en 2009 et l’a ramenée au rang de sous-famille - les Allioideae - à l’intérieur des Amaryllidacées, où le narcisse occupe une sous-famille voisine. « Alliacées » n’est donc pas un mot fautif : c’est le mot d’une autre façon de ranger, comme Liliopsida pour les monocotylédones (voir Monocotylédone).

Mais le narcisse, lui, est toxique. Son bulbe concentre des alcaloïdes - lycorine, galantamine, narciclasine - et des raphides, aiguilles microscopiques d’oxalate de calcium. L’ingestion donne vomissements, douleurs abdominales et diarrhée.

Le cas n’a rien de théorique. En 2012, onze personnes ont été intoxiquées ensemble après avoir mangé des tiges et des bulbes de narcisse vendus sur un étal, à côté de la ciboulette.

La confusion joue aussi sur les feuilles : vertes et plates, celles d’un jeune narcisse ressemblent à s’y méprendre à de jeunes poireaux. Le seul critère fiable est celui que donne déjà la fiche Ail, et il vaut ici mot pour mot : l’odeur. Une feuille d’Allium froissée sent l’ail ou l’oignon, franchement. Une feuille qui ne sent rien ne se mange pas.

Pour résumer :

  • « Narcisse » est un genre, la jonquille l’une de ses espèces : toutes les jonquilles sont des narcisses.
  • La couleur ne distingue rien - le narcisse trompette des bois est jaune, et c’est un narcisse.
  • « Jonquille » veut dire « petit jonc » : le nom décrit la feuille, cylindrique, et non la fleur.
  • Le test tient entre deux doigts : une feuille de jonquille roule, une feuille plate non.
  • Le narcisse est de la famille de l’oignon, et son bulbe est toxique. À la cueillette, le seul critère est l’odeur.

Pour aller plus loin : le poison qui est devenu un médicament.

Parmi les alcaloïdes du bulbe figure la galantamine. Elle porte le nom du perce-neige, Galanthus, chez qui on l’a isolée d’abord, mais on la trouve dans toute la famille - et les narcisses en sont l’une des meilleures sources.

Or cette molécule est, depuis l’an 2000, un médicament autorisé en Europe, aux États-Unis et en Asie. Elle est prescrite dans la maladie d’Alzheimer, aux stades léger à modéré, où elle ralentit le déclin cognitif.

Et voici le détail qui intéresse un dictionnaire de botanique. La galantamine a une architecture chimique si retorse que la fabriquer au laboratoire n’est pas rentable. On la produit donc comme on produisait jadis les remèdes : en la tirant des bulbes. Des champs de narcisses sont cultivés pour cela, jusque sur des terres de montagne où peu d’autres cultures tiennent.

La même chimie qui rend ce bulbe dangereux à table le rend précieux en pharmacie. La différence ne tient pas à la plante : elle tient à la dose et à l’usage.

À ne pas confondre

  • JonquilleNarcissus jonquilla

    La vraie. Feuilles cylindriques comme des joncs, une à six fleurs très parfumées par tige, trompette courte. Plante du Midi et de la péninsule Ibérique

  • Narcisse trompetteNarcissus pseudonarcissus

    Celui des bois au printemps, appelé « jonquille » dans le Nord-Est et en Belgique. Feuilles plates en rubans, une seule fleur penchée, longue trompette

  • Narcisse des poètesNarcissus poeticus

    Le blanc, à petite couronne bordée de rouge. Un narcisse lui aussi, exactement comme les deux précédents

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