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Ne plus se planter
Q
Organe

Queue

Cerises en bouquet sur l’arbre : toutes les queues partent d’un même point. Chacune est le support propre d’une fleur devenue fruit. (Photo Dinkum, domaine public.)
Cerises en bouquet sur l’arbre : toutes les queues partent d’un même point. Chacune est le support propre d’une fleur devenue fruit. (Photo Dinkum, domaine public.)

Ce que l’on croit souvent

La queue, c’est le petit bout de tige qui tient le fruit, la fleur ou la feuille : partout la même chose.

La vraie définition botanique

Pourquoi un article sur la queue ? Parce que nous l’employons sans y penser : la queue de la cerise, la queue de la pomme, la queue d’une rose, la queue d’une feuille de salade. Le mot semble désigner partout la même chose, ce petit bout de tige qui tient le reste.

Les botanistes, eux, ne s’y trompent pas. Pour le Dictionnaire illustré de botanique d’Alain Jouy et Bruno de Foucault, la queue est le « synonyme populaire de pétiole ou de pédoncule ». Les dictionnaires de langue disent la même chose : Littré note qu’« on appelle vulgairement queue d’une feuille son pétiole, et queue d’un fruit, son pédoncule ». « Queue » n’est donc pas un terme de botanique. C’est un mot courant qui recouvre au moins trois organes différents : le pétiole, le pédoncule et le pédicelle.

La queue d’une feuille : le pétiole.

Jouy et de Foucault définissent le pétiole comme la « partie étroite de la feuille unissant le limbe à la tige ». Le limbe, c’est la partie large et plate de la feuille (voir Feuille). Le Trésor de la langue française note que « queue » en est le synonyme usuel.

Base d’une feuille de cerisier dentée, prolongée par un pétiole rougeâtre qui porte deux petites boules rouges juste sous la feuille
La « queue » d’une feuille de cerisier : c’est son pétiole. L’abbé Coste le décrit, dans sa Flore de la France, comme un « pétiole offrant au sommet 2 glandes rougeâtres » : les voici. (Photo Rosser1954, domaine public.)

Mais toutes les feuilles n’ont pas de queue. Celles qui s’attachent directement sur la tige sont dites sessiles, comme celles du millepertuis ou de l’œillet, que cite l’Académie française. Le même dictionnaire tend d’ailleurs un joli piège : le chêne sessile doit son nom à ses glands, « dépourvus de pédoncule », alors que ses feuilles, elles, ont une longue queue.

Tige de millepertuis garnie de petites feuilles étroites, attachées directement sur la tige sans aucune queue
Les feuilles du millepertuis n’ont pas de queue : elles sont sessiles, posées directement sur la tige. (Photo Harry Rose, CC BY 2.0.)

La queue d’un bouquet de fleurs : le pédoncule.

Pour Jouy et de Foucault, le pédoncule est la « portion de tige supportant une inflorescence », c’est-à-dire un ensemble de fleurs groupées sur une même tige. Et comme chaque fleur, une fois fanée, voit son ovaire grossir en fruit sans quitter sa place, le support des fleurs devient celui des fruits (voir Fleur et Fruit).

Et quand les fleurs vont en bouquet : le pédicelle.

Dans ce bouquet, chaque fleur a son propre petit support : le pédicelle, « petit axe portant une fleur unique dans une inflorescence », selon Jouy et de Foucault. L’Académie française en donne l’exemple le plus parlant : dans une grappe de raisin, la rafle est faite d’un pédoncule et de pédicelles, qui portent les grains.

Et la cerise ? Sur l’arbre, les cerises pendent par petits groupes de rameaux très courts, garnis de quelques feuilles, que les arboriculteurs appellent des bouquets de mai : « petit rameau court et chargé de boutons chez les arbres à noyau », selon le glossaire de biologie végétale de l’université de Louvain. D’après la flore de Coste, les fleurs y naissent par deux à six « en fascicules ombelliformes ». Les feuilles sont portées par ce petit rameau ; chaque queue, elle, n’en porte aucune, et ne tient qu’une fleur, puis un fruit.

Faut-il alors l’appeler pédoncule ou pédicelle ? Des pédicelles naissent d’un pédoncule commun, comme dans la grappe de raisin. Or chez le cerisier, il n’y a pas d’axe commun : les queues partent directement du bourgeon, chacune pour son compte. Chaque queue de cerise est donc un pédoncule, et c’est bien le mot de l’Académie (« le pédoncule d’une cerise, sa queue ») comme de la flore de Coste, qui décrit des fleurs « longuement pédonculées » et des « pédoncules fructifères ».

Les deux bouts de la pomme.

Prenez une pomme. D’un côté, la queue, plantée dans un creux que les amateurs de vergers appellent la « cuvette pédonculaire ». De l’autre côté, au fond d’un autre creux, une petite touffe sèche : l’œil. Pour l’association des Croqueurs de pommes, c’est le « vestige de la fleur (sépales) ». L’abbé Coste décrit d’ailleurs le calice du pommier comme « marcescent » : il se dessèche sur place sans tomber.

Deux vues de la même pomme jaune et rouge : à gauche, la queue brune plantée dans son creux ; à droite, de l’autre côté, l’œil, une petite touffe sèche au fond d’un creux
Les deux bouts d’une pomme. À gauche, la queue, qui la reliait à la branche. À droite, l’œil : les sépales séchés de la fleur, restés au sommet du fruit. (Photo Manuel Ferreira.)

Pourquoi les restes de la fleur se trouvent-ils au bout opposé à la queue ? Parce que chez le pommier, l’ovaire de la fleur est infère : il est situé sous les autres pièces de la fleur, et non au-dessus. Le fruit grossit donc sous les sépales, qui restent perchés à son sommet (voir Carpelle et Pépin). La poire, de la même famille, montre la même disposition.

Une poire verte tachetée vue d’en haut : au sommet, l’œil sec ; en bas, au bout de la partie étroite, la courte queue brune
Une poire : l’œil en haut, la queue en bas, au bout de la partie étroite. (Photo Manuel Ferreira.)

La fraise n’a pas la queue que l’on croit.

Quand on « équeute » une fraise, on retire surtout sa collerette verte. Ce n’est pas une queue : c’est le calice de la fleur, qui ne tombe pas. Coste le décrit avec « 10 lobes sur 2 rangs, les 5 extérieurs plus petits en calicule » : cinq sépales, doublés d’une seconde couronne de cinq petites pièces. La vraie queue de la fraise est le petit support qui part de cette collerette, et que Coste appelle « pédicelle ».

Pourquoi le fruit se détache par la queue.

La queue ne casse pas au hasard. À sa base se forme une zone d’abscission, une couche de cellules préparée pour la rupture. Jean-Marc Celton, chercheur à l’INRA, l’a décrite chez les jeunes pommes que l’arbre laisse tomber de lui-même dans les semaines qui suivent la pollinisation : cette zone commence à se former cinq à six jours avant la chute, puis ses cellules produisent du liège qui cicatrise la plaie juste avant que le fruit tombe (Jardins de France). Chez la cerise, les chercheurs situent une zone semblable entre la queue et le fruit.

À quoi servent les queues ?

Les queues de cerise figurent sur la liste des plantes médicinales de la Pharmacopée française. En 2024, l’Agence européenne du médicament leur a consacré une monographie : elle reconnaît leur tisane comme un médicament traditionnel contre les troubles urinaires mineurs, en complément d’une boisson abondante, sur la seule base de leur usage ancien. Ce n’est pas une preuve d’efficacité.

La queue d’un potiron, elle, se garde : le service de vulgarisation agricole de l’université d’État du Dakota du Sud conseille de la couper avec le fruit, ce qui évite qu’il pourrisse par là. Et elle aide à reconnaître les courges, puisque la queue d’une citrouille et celle d’un potiron ne se ressemblent pas (voir Citrouille).

Pour résumer :

  • La queue est un mot courant, pas un terme botanique : il recouvre plusieurs organes.
  • La queue d’une feuille est son pétiole. Les feuilles sans queue sont sessiles.
  • Le pédoncule porte un bouquet de fleurs, puis de fruits, et chaque fleur du bouquet a son pédicelle. La queue de la cerise, qui part directement du bourgeon, est un pédoncule.
  • À l’autre bout de la pomme, l’œil est fait des sépales séchés de la fleur ; la collerette de la fraise est son calice.

Pour aller plus loin : les plantes « à queue ».

Plusieurs plantes portent « queue » dans leur nom, sans que ce soit jamais un organe : c’est une ressemblance. La queue-de-cheval est la prêle, et surtout la prêle des champs (Equisetum arvense), selon l’Académie et la base de Tela Botanica. La queue-de-lion est l’agripaume (Leonurus cardiaca). La queue-de-renard, en revanche, est un nom ambigu : l’Académie le donne à « diverses plantes dont les inflorescences évoquent […] la queue du renard, comme l’amarante, le mélampyre des champs et le vulpin ». Quant à la queue-de-souris (Myosurus), Littré explique qu’elle doit son nom au réceptacle de ses fleurs, « qui s’allonge ».

La langue a aussi gardé une expression : faire quelque chose « pour des queues de cerise », c’est, dit l’Académie, le faire pour presque rien.

À ne pas confondre

  • CerisierPrunus avium

    Ses cerises naissent en bouquet d’un même bourgeon. Chaque queue est le support d’une seule fleur devenue fruit

  • PommierMalus domestica

    La pomme a une queue d’un côté et, de l’autre, un « œil » : ce qui reste des sépales de la fleur

  • Prêle des champsEquisetum arvense

    La « queue-de-cheval » des jardiniers. Ce n’est pas une queue, c’est un nom donné par ressemblance

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