Renoncule et bouton d’or

Ce que l’on croit souvent
Le bouton d’or est une fleur des prés, la renoncule une fleur de fleuriste : deux plantes sans rapport. Et un pré tout jaune est un beau pré, que les vaches apprécient.
La vraie définition botanique
Pourquoi un article sur la renoncule ? Parce que le mot désigne, pour beaucoup, une fleur de fleuriste aux pétales serrés comme ceux d’une rose, alors que le bouton d’or serait une fleur des champs. Le dictionnaire de l’Académie française dit pourtant autre chose : « Le bouton-d’or est le nom usuel de plusieurs espèces de renoncules à fleurs jaunes. »
Le bouton d’or est une renoncule, et la fleur du fleuriste aussi. Ce nom populaire désigne d’ailleurs plusieurs plantes. Et un pré jaune de boutons d’or est souvent un pré où les vaches ont mangé tout le reste.
Une famille de fleurs, un seul genre.
Les renoncules forment un genre, Ranunculus, dont la France compte une soixantaine d’espèces, selon le Conservatoire botanique national de Franche-Comté. On les trouve dans les prairies, les forêts, les cours d’eau et les rocailles. La renoncule des fleuristes, ou renoncule asiatique (Ranunculus asiaticus), en fait partie : c’est une espèce cultivée pour ses fleurs doubles ou semi-doubles, en coupe, jaunes, orange, rouges ou violacées. Le bouton d’or des prés est son proche parent.

La famille, celle des Renonculacées, va plus loin encore : elle compte l’ancolie, l’aconit, l’hellébore, la clématite des haies (voir Liane) et la nigelle, dont les graines servent d’épice (voir Cumin et Quatre-épices). La pivoine, qu’un traité de botanique de 1960 rangeait encore parmi elles, en est sortie : les classifications actuelles la placent dans un tout autre groupe, avec les groseilliers et les saxifrages.
Plusieurs boutons d’or.
« Bouton d’or » n’est pas le nom d’une espèce. Selon le Conservatoire botanique de Franche-Comté, il désigne surtout la renoncule âcre (Ranunculus acris), haute de 30 centimètres à plus d’un mètre, aux feuilles découpées en trois à cinq lobes. Le dictionnaire Larousse y ajoute la renoncule bulbeuse (Ranunculus bulbosus), reconnaissable au renflement en forme de bulbe à la base de sa tige et à ses sépales rabattus vers le bas.
D’autres fleurs jaunes et luisantes s’y ajoutent dans l’esprit des promeneurs. La ficaire, qui fleurit dès la fin de l’hiver au pied des haies, porte même, parmi ses noms recensés par Tela Botanica, celui de « ficaire fausse renoncule ». Les botanistes ne s’accordent d’ailleurs pas sur son cas : le référentiel botanique français de Tela Botanica la place dans un genre à part, Ficaria, quand la World Flora Online, la flore mondiale de référence, la garde parmi les renoncules.

Ni toujours jaune, ni toujours au sec.
Les renoncules ont des fleurs jaunes, plus rarement blanches, selon les flores rassemblées par la World Flora Online. Les blanches sont surtout celles des renoncules d’eau, note l’Académie française. La renoncule aquatique (Ranunculus aquatilis), qui vit dans les eaux calmes, porte sur le même pied deux sortes de feuilles, les unes submergées et découpées en fines lanières, les autres flottantes et arrondies.

C’est elle qui explique le nom. « Renoncule » vient du latin ranuncula, « petite grenouille », déjà employé par Pline pour ces plantes. Selon le Trésor de la langue française, c’est que la plupart des espèces du genre vivent dans les lieux marécageux. Le français populaire a refait le même chemin sans le savoir : la renoncule aquatique s’appelle aussi la « grenouillette ».
Le pré que les vaches laissent.
Un pré tout jaune de boutons d’or au printemps, c’est souvent un pâturage. Le Conservatoire botanique de Franche-Comté l’explique simplement : la renoncule âcre « est très fréquente dans les pâturages car les bovins ne la consomment pas ». Elle leur irrite la bouche et le tube digestif. Les vaches broutent l’herbe tout autour, et les boutons d’or restent debout.
Le coupable est une substance âcre, la protoanémonine, qui irrite la peau et les muqueuses. Selon le pharmacologue Jean Bruneton, elle n’est pas présente telle quelle dans la plante : elle se forme à partir d’un précurseur, la ranunculine, et se concentre dans les feuilles et les fleurs. Le procédé rappelle celui des plantes qui gardent leur poison en pièces détachées (voir Défense).
Mais cette arme a une faiblesse : la protoanémonine se défait d’elle-même, en se combinant deux à deux en une molécule inactive, l’anémonine. Au séchage, la toxine se dégrade « en substances inoffensives », note le Conservatoire. Une renoncule fauchée et séchée dans le foin ne présente plus ce danger. Ce qui est vénéneux, c’est la plante fraîche, sur pied.
Toutes les renoncules ne se valent pas, d’ailleurs. La renoncule rampante (Ranunculus repens), aux tiges couchées qui s’enracinent de place en place, est « très pauvre en ranunculine », et le bétail la mange.
Le menton jaune.
Il existait un jeu que connaissaient tous les enfants, rapporte le Conservatoire : on plaçait un bouton d’or sous le menton de quelqu’un, et le reflet jaune sur la peau disait s’il aimait un peu ou beaucoup le beurre. Le référentiel des noms français connaît d’ailleurs à la renoncule âcre le surnom de « fleur de beurre ». Le reflet ne dit rien du beurre. Il dit comment le pétale est construit.
Une équipe de l’université de Cambridge l’a montré en 2011. La couche superficielle du pétale est faite de cellules très plates, chargées d’un pigment jaune, qui renvoient la lumière avec une intensité comparable à celle du verre. Sous elle, une fine lame d’air ajoute une seconde surface réfléchissante, qui double l’éclat. Le pétale du bouton d’or est un petit miroir jaune, assez puissant pour éclairer un menton. Selon les chercheurs, il renvoie aussi de la lumière ultraviolette, invisible pour nous mais visible des abeilles.

Pour résumer :
- Le bouton d’or et la renoncule des fleuristes appartiennent au même genre, Ranunculus, qui compte une soixantaine d’espèces en France.
- « Bouton d’or » désigne plusieurs plantes : surtout la renoncule âcre, mais aussi la renoncule bulbeuse.
- Des renoncules ont des fleurs blanches et vivent dans l’eau ; le nom latin veut dire « petite grenouille ».
- Un pré jaune de boutons d’or est souvent un pré où les vaches les ont laissés : fraîche, la plante leur brûle la bouche ; séchée dans le foin, elle est inoffensive.
- Le reflet sous le menton vient d’un pétale construit comme un miroir.
Pour aller plus loin.
Une renoncule est-elle à l’origine du « rire sardonique » ? C’est ce que l’on a longtemps écrit, mais ce n’est qu’une hypothèse, et une autre plante est aujourd’hui suspectée.
La flore de Coste, au début du XXe siècle, le disait de la renoncule scélérate (Ranunculus sceleratus), une espèce des mares et des fossés aux nombreuses petites fleurs jaune pâle : « Cette plante, très vénéneuse, provoque par la contraction des muscles de la face une sorte de rire qui l’a fait nommer Herbe sardonique. » Le Trésor de la langue française la dit à son tour « réputée provoquer le rire sardonique ».
L’« herbe sardonique » vient des auteurs de l’Antiquité. Selon eux, dans la Sardaigne d’avant les Romains, on la faisait absorber aux vieillards qui ne pouvaient plus subvenir à leurs besoins, avant de les mettre à mort ; la contraction de leur visage imitait un sourire. En 2009, une équipe menée par le chimiste italien Giovanni Appendino (dans le Journal of Natural Products) a proposé un autre coupable : une œnanthe, l’œnanthe safranée (Oenanthe crocata), de la famille de la carotte, commune en Sardaigne. Les œnanthes causent encore aujourd’hui des empoisonnements souvent mortels. Les chercheurs ont montré que ses toxines bloquent les signaux nerveux qui freinent l’activité des muscles, ce qui expliquerait la crispation du visage.
Ce travail donne un mécanisme plausible, pas une preuve : les auteurs présentent l’œnanthe comme le « candidat le plus probable ». Quelle plante désignaient les Anciens, on ne le saura sans doute jamais avec certitude. Mais la renoncule scélérate n’est plus la seule suspecte.
À ne pas confondre
- FicaireFicaria verna
Petite fleur jaune et luisante des haies et des bois humides, dès mars, aux feuilles en cœur. On la nomme aussi « ficaire fausse renoncule » ; le référentiel français la range dans un genre à part, la World Flora Online parmi les renoncules (<em>Ranunculus ficaria</em>)
- Trolle d’EuropeTrollius europaeus
La « boule d’or » des prairies de montagne, une fleur jaune pâle fermée en globe, dont les sépales colorés cachent de tout petits pétales. De la même famille, mais d’un autre genre
- Populage des maraisCaltha palustris
Le « souci d’eau » des prés humides, à grandes fleurs jaune doré. De la même famille, mais ce que l’on prend pour ses pétales sont des sépales jaunes
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