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Ne plus se planter
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Notion

Résine

Gemmage d’un pin dans les Landes : on entaille le tronc, et des perles de résine suintent du bois mis à nu. Ce n’est pas la sève qui coule. (Photo Patchanka64, CC BY 4.0.)
Gemmage d’un pin dans les Landes : on entaille le tronc, et des perles de résine suintent du bois mis à nu. Ce n’est pas la sève qui coule. (Photo Patchanka64, CC BY 4.0.)

Ce que l’on croit souvent

La résine, c’est la sève des pins et des sapins, et les résineux sont les arbres qui en produisent.

La vraie définition botanique

Pourquoi un article sur la résine ? Parce que la goutte collante qui perle sur l’écorce d’un pin passe pour sa sève, son sang, qui coulerait de la blessure. Et parce que les « résineux », pour tout le monde, sont les arbres qui font de la résine.

La résine n’est pas la sève : c’est une arme, rangée à part. Et « résineux » est un mot de forestier, qui ne dit pas grand-chose de la résine.

Ni sève, ni gomme, ni latex.

La sève circule dans les vaisseaux de la plante et la nourrit (voir Sève). La résine, elle, est fabriquée et stockée dans des conduits à part, les canaux résinifères. Une revue scientifique de 2015 le résume : ces structures sécrétrices, comme les tubes à latex, longent les vaisseaux sans en faire partie, et leur fonction première est la défense contre les animaux qui mangent la plante et contre les maladies (Lange, Annual Review of Plant Biology). L’Académie française le dit à sa façon : la résine « protège la plante contre l’humidité et les insectes, et lui permet de cicatriser en cas de blessure ». D’où la goutte qui perle à la moindre blessure de l’écorce : c’est la défense qui se met en place.

Coupe de bois de pin vue au microscope, colorée en rose : on distingue des rangées régulières de cellules et quelques petits trous ronds et clairs
Une coupe de bois de pin au microscope. Les petits trous clairs, au milieu des rangées de cellules, sont des canaux résinifères, distincts des vaisseaux qui portent la sève. (Photo Bweil2, CC BY-SA 4.0.)

La résine n’est pas non plus une gomme, ni un latex. Le traité de pharmacognosie de Jean Bruneton (2016) explique que les gommes, comme la gomme arabique, sont faites de sucres et se dissolvent dans l’eau, alors que les résines sont « le plus souvent de nature terpénique » et ne s’y dissolvent pas. Quant au latex, il circule dans d’autres conduits, les laticifères (voir Caoutchouc).

Les « résineux » : un mot de forestier.

Pour les forestiers, « résineux » veut simplement dire conifère. L’Inventaire forestier national de l’IGN emploie les deux mots l’un pour l’autre, et l’Académie précise que c’est le « nom donné dans la langue courante aux conifères, qui sont généralement riches en résine ». Ce « généralement » compte.

Le bois du pin, de l’épicéa, du mélèze et du douglas possède des canaux à résine en permanence. Celui du sapin et du cèdre, non : il n’en forme qu’après une blessure, selon une étude d’anatomie du bois menée à l’université d’Hokkaido (Sato et Ishida, 1983) (voir Sapin et Cèdre). Et l’if n’en a aucun, ni dans le bois ni dans les feuilles, comme l’ont montré des études de 2014 et 2015 sur sa famille, que confirme le Bruneton. L’if est donc un « résineux » sans résine.

Des feuillus résineux.

À l’inverse, des arbres à feuilles produisent de la résine, et non des moindres. Selon le Bruneton, l’encens est la sécrétion d’arbustes d’Afrique du Nord-Est et d’Arabie, comme Boswellia sacra, recueillie après incision du tronc ; la myrrhe est celle d’autres arbustes de la même famille, les Commiphora. Plus près de nous, le pistachier lentisque, un arbuste méditerranéen, donne le mastic. Les deux résines les plus célèbres de l’histoire, l’encens et la myrrhe, ne doivent donc rien aux conifères.

Tronc tortueux à l’écorce papyracée d’un arbre à encens, dans un paysage de montagne aride, avec une main qui montre l’écoulement de résine
Le tronc d’un arbre à encens (Boswellia sacra), frappé d’une pierre pour faire apparaître la résine. Un arbre à feuilles, pas un conifère. (Photo Mileli, CC BY-SA 3.0.)

Le gemmage des Landes.

En France, la résine a longtemps fait vivre la forêt des Landes. Le gemmage consistait, explique le Bruneton, à « écorcer puis à inciser le tronc des pins et à recueillir l’oléorésine, la gemme, qui s’écoule ». Distillée, elle donnait l’essence de térébenthine et la colophane. D’après une question écrite à l’Assemblée nationale (2015), la récolte de la gemme s’est arrêtée en France vers 1990, au profit d’importations venues surtout de Chine. Des chercheurs de l’INRAE ont étudié en 2020 les moyens de la relancer.

Forêt de pins maritimes aux troncs droits, dont l’un porte une longue entaille claire où l’on récolte la résine
Un pin maritime en cours de gemmage, à Mimizan, dans les Landes. (Photo Jibi44, CC BY 3.0.)

Pour résumer :

  • La résine n’est pas la sève : elle est fabriquée dans des canaux à part, pour défendre la plante.
  • Ce n’est ni une gomme, qui se dissout dans l’eau, ni un latex.
  • Les résineux sont les conifères ; mais le sapin ne fait de résine qu’après une blessure, et l’if n’en fait jamais.
  • Des arbres à feuilles en produisent : l’encens, la myrrhe, le mastic.

Pour aller plus loin : résine, oléorésine, gomme-résine.

Au sens strict, ce qui coule d’un pin n’est même pas de la résine. Le Bruneton, s’appuyant sur une norme française, appelle oléorésine ce mélange semi-liquide de résine et d’huile essentielle, la « gemme » des résiniers ; la résine proprement dite est ce qui reste quand la partie volatile s’en est allée, comme la colophane après distillation. L’encens et la myrrhe, eux, sont des gommes-résines : ils mêlent une part de résine, insoluble dans l’eau, et une part de gomme, qui s’y dissout. Le Bruneton cite à ce propos un autre manuel de référence : entre ces catégories, il n’existe pas de frontière nette.

À ne pas confondre

  • Pin maritimePinus pinaster

    Le pin des Landes. Un vrai « résineux », dont le bois est parcouru de canaux à résine en permanence

  • IfTaxus baccata

    Compté parmi les résineux, il ne fabrique pourtant aucune résine (voir If)

  • Arbre à encensBoswellia sacra

    Un arbre à feuilles, et non un conifère, qui donne l’une des résines les plus célèbres du monde

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