Pollen

Ce que l’on croit souvent
Le rhume des foins vient des fleurs : plus elles sont belles et parfumées, plus elles font éternuer.
La vraie définition botanique
Pourquoi un article sur le pollen ? Parce qu’au printemps, quand les yeux piquent et que le nez coule, on regarde volontiers du côté des fleurs. Le bouquet posé sur la table, le massif fleuri, la rose trop parfumée : les suspects habituels sont toujours les plus visibles.
Ce sont rarement eux. Les pollens qui nous rendent malades viennent surtout de plantes aux fleurs discrètes, qui confient leur pollen au vent.
Le pollen est la fine poussière, souvent jaune mais pas toujours, que libèrent les étamines (voir Étamine). Ce n’est pas une poussière inerte : chaque grain est un minuscule organisme mâle, réduit chez les plantes à fleurs à deux ou trois cellules, chargé d’aller féconder une autre fleur. Le mot vient du latin pollen, « fleur de farine », et les botanistes l’emploient dans ce sens depuis le XVIIIe siècle.
Pour aller d’une fleur à l’autre, ce grain a deux grands moyens de transport : un insecte, ou le vent.
Deux façons de voyager.
Les plantes qui comptent sur les insectes les attirent par des couleurs, des parfums, du nectar : c’est la fleur voyante, qui fait de la publicité (voir Fleur). Leur pollen est relativement peu abondant, plus lourd, et il reste peu dans l’air. Il voyage collé au corps d’une abeille, d’une fleur à la suivante.
Les plantes qui comptent sur le vent n’ont personne à séduire. Pas de pétales colorés, pas de parfum, pas de nectar. Elles misent sur le nombre : elles lâchent dans l’air des quantités énormes de grains très fins, qui flottent et voyagent, selon le vent, de quelques mètres à plusieurs dizaines de kilomètres. Un seul pied d’ambroisie peut en produire jusqu’à trois milliards en une saison. Un seul chaton de bouleau, environ deux millions.
C’est cette seconde famille de pollens que nous respirons. L’Anses le résume en une phrase : les pollens allergisants transportés par le vent « sont à l’origine de la majorité des pollinoses ». Ceux des plantes à insectes, eux, « ne se retrouvent pas ou très rarement dans l’air ». La fleur que l’on accuse est donc presque toujours innocente ; la coupable est souvent une plante que l’on n’a jamais regardée.

Les vraies coupables.
Le Réseau national de surveillance aérobiologique (RNSA), qui mesure les pollens dans l’air en France, classe les espèces selon leur potentiel allergisant. Au plus haut niveau, celui où « quelques grains de pollen suffisent à provoquer une réaction allergique pour la majorité des personnes sensibles », on trouve :
- chez les herbes, les graminées, l’ambroisie, l’armoise et la pariétaire ;
- chez les arbres, le bouleau, le cyprès, le frêne, l’aulne, le noisetier, le charme et l’olivier.
Pas une rose, pas un lilas. Les graminées, les herbes des prairies et des pelouses, fleurissent sans qu’on les voie : de petites étamines pendantes au bout des épis, que le moindre souffle secoue (voir Épi). Quant à l’ambroisie, une plante venue d’Amérique du Nord, elle est si redoutée qu’un décret de 2017 organise une lutte obligatoire contre elle ; on estime que cinq grains par mètre cube d’air suffisent à déclencher des symptômes chez les personnes sensibles.
Le cas de la pariétaire et de l’ortie montre que tout se joue espèce par espèce. Les deux appartiennent à la même famille, les deux confient leur pollen au vent. Mais le pollen de la pariétaire, la petite herbe des vieux murs (voir Exotique), a un potentiel allergisant fort ; celui de l’ortie, faible (voir Ortie et fausses orties).


Des arbres que nous avons plantés.
En ville, beaucoup de ces arbres n’ont pas poussé par hasard : ils ont été choisis et plantés, parfois en grand nombre et d’une seule espèce. Le guide de la Ville de Paris sur l’allergie au pollen désigne le bouleau comme « le numéro un chez les arbres ». Le platane, lui, est « l’espèce la plus présente dans nos rues, avec près de 40 000 individus (23 % des arbres inventoriés) ». Son pollen n’est que modérément allergisant, mais ses fruits, en se défaisant, libèrent des bourres hérissées de micro-aiguilles très irritantes.
Le risque tient alors moins à une espèce qu’à son nombre. Le RNSA ne demande pas d’abattre les arbres allergisants ; il recommande d’éviter qu’ils soient trop nombreux en un même lieu, que les espèces à risque forment « des haies monospécifiques ou de grands alignements », et d’« apporter une plus grande diversité d’espèces ». Une rue bordée d’une seule essence, c’est un même pollen, lâché au même moment, sur toute sa longueur.
Et le saule ?
Entre les deux familles, certaines plantes ne choisissent pas. Le saule marsault, celui de la photo d’ouverture, porte des chatons comme le bouleau ou le noisetier, ces grappes de fleurs sans pétales qui évoquent une plante à vent. Pourtant, une étude de 2014 a montré que ce sont surtout les insectes qui le fécondent, l’abeille domestique parmi les plus assidues, dès mars ; le vent n’assure, au plus, que la moitié de ses graines. Son pollen a d’ailleurs un potentiel allergisant modéré. Un chaton ne suffit donc pas à désigner une plante à vent.
Et les fleurs, alors, sont-elles toutes innocentes ?
Presque. Leur pollen ne vole guère, mais il peut toucher ceux qui le manipulent de près, à longueur de journée. La médecine du travail connaît des asthmes et des rhinites de fleuristes et d’horticulteurs, provoqués par des chrysanthèmes, des tournesols, des gerberas, des lys ou du mimosa. Mais ce sont des allergies de contact rapproché, pas l’allergie de printemps qui touche, selon l’Anses, jusqu’à 30 % des adultes en France.
Pour résumer :
- Le pollen n’est pas une poussière : chaque grain est un minuscule organisme mâle, de deux ou trois cellules, qui doit atteindre une autre fleur.
- Les pollens allergisants viennent surtout de plantes qui confient leur pollen au vent : graminées, ambroisie, armoise, pariétaire, bouleau, cyprès, frêne, aulne, noisetier, olivier.
- Les fleurs voyantes, butinées par les insectes, lâchent peu de pollen dans l’air ; on les accuse à tort.
- En ville, le risque tient aussi à l’uniformité des plantations : beaucoup d’arbres d’une même espèce, c’est beaucoup du même pollen.
Pour aller plus loin : le rhume des foins n’a rien à voir avec le foin.
Le nom est trompeur, et le RNSA le dit sans détour : la pollinose « est couramment appelée rhume des foins bien qu’il n’y ait pas de rapport avec le foin, car c’est le pollen qui produit les différents symptômes ».
L’histoire commence en Angleterre. En 1819, le médecin John Bostock publie la description d’un mal qui revient chaque été : le sien. Il le baptise plus tard « catarrhe d’été » et note que le public l’attribue aux effluves du foin fraîchement coupé, ce qu’il ne croit pas. Le nom de « fièvre des foins », hay fever, apparaît pourtant peu après.
Il faut attendre 1873 pour qu’un autre médecin anglais, Charles Blackley, lui-même malade, désigne le vrai coupable. Par des expériences menées sur lui-même, il montre que le pollen, notamment celui des graminées, déclenche les crises. Le foin n’y était pour rien.
À ne pas confondre
- Ambroisie à feuilles d’armoiseAmbrosia artemisiifolia
Fleurs vertes, minuscules, que personne ne remarque. L’un des pollens les plus allergisants de France
- AunéeInula helenium
Même famille que l’ambroisie, grandes fleurs jaunes, pollen transporté par les insectes. Elle ne fait guère éternuer
- Pariétaire de JudéeParietaria judaica
Petite herbe des vieux murs, sans pétales visibles. Potentiel allergisant fort
- Ortie dioïqueUrtica dioica
Même famille que la pariétaire et pollen confié au vent, elle aussi. Potentiel allergisant faible
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